Tel était le titre d’un article écrit par le vicaire de St-Germain-de-Grantham, Jonathan Lemire, au tout début des années 1960. Ses recherches lui ont fait découvrir la contribution plus qu’importante des vétérans du Régiment suisse de Meuron à la fondation de la colonie de la rivière St-François nommée Drummond’s ville par le jeune lieutenant-colonel Heriot en 1815. Le nom de la Meuronie est également avancé en 1961 par certains membres de la Société d’histoire pour nommer la région entourant Drummondville à l’instar de la Montérégie. Mais le bouillant curé Bergeron de Wickham s’y oppose. Selon ce dernier : « Il y avait à peine deux ou trois soldats du régiment fondé par Meuron ». Nos recherches ont cependant prouvé le contraire. Ils étaient plus une centaine. Parmi ces vétérans de la Guerre de 1812 qui ont défriché les forêts des cantons de Grantham et Wickham, cœur de la colonie militaire de Drummondville, ceux du Régiment de Meuron furent les plus nombreux. Rien à voir avec la petite dizaine de vétérans du Corps des Voltigeurs. De plus, ces Meurons mercenaires nous ont laissé les plus importantes descendances encore présentes dans la région que ce soit par le biais des familles Bonner, Demanche, Morstein (Mastine), Neiderer

Au 19e siècle, tous les villages du Québec, ou presque, disposent d’un magasin général. À Drummondville, dès 1880, c’est chez J. N. Turcotte que l’on fait la file pour s’approvisionner en produits de toutes sortes; on y passe pour acheter de la farine et de la mélasse, une robe pour madame, une hache pour monsieur et de nouvelles bottes pour le cadet de la famille. On paie alors comptant en livres, en chelins, en deniers et en cents ou on fait « marquer » sa commande dans le registre des crédits du propriétaire. Debout derrière son grand comptoir en bois, Jean Napoléon Turcotte reçoit tous les jours ses clients avec courtoisie aux côtés de son épouse Marie Joséphine. Il pèse soigneusement les marchandises et lorsque le moment est propice, il fournit aux plus curieux les derniers commérages du village. Situé en bas de la ville, sur la rue Heriot - la « grand’rue » comme on se plaît à l’appeler à l’époque - cet établissement commercial est un lieu de rencontre privilégié pour les citoyens de Drummondville. C’est bien plus qu’une simple bâtisse où l’on peut acheter de l’huile à lampe pour l’éclairage et des bouts de tissu à la verge; à l’instar du parvis

À l’été 1914 éclatait la Première Guerre mondiale, à laquelle le Canada n’eut pas le choix de participer, car il était encore dépendant de sa mère-patrie l’Angleterre. Le premier ministre Robert Borden comptait sur l’enrôlement volontaire pour combler les effectifs de l’armée, mais il devint bientôt évident que cela ne suffirait pas à combler les pertes subies au front.  Les Canadiens anglais s’enrôlaient nombreux pour aller défendre l’Angleterre, mais les Canadiens français ne manifestaient aucun empressement à le faire.  Borden décida donc en 1917 d’imposer la conscription, c’est-à-dire l’enrôlement obligatoire des hommes de 20 à 45 ans.  Les anglophones appuyaient cette mesure, mais les francophones n’étaient pas très enthousiastes à l’idée de se battre pour l’Angleterre.  Sans surprise, ils manifestèrent leur opposition : le conseil de comté de Drummond adopta le 13 juin 1917 une résolution pour dénoncer tout projet de conscription : après tout, le Canada fournissait déjà 400 000 hommes et du matériel ; en outre, la conscription allait priver l’agriculture et l’industrie de la main-d’œuvre indispensable. Le 29 juillet, une assemblée anti-conscriptionniste réunit 5000 participants à Drummondville, mais l’opposition des francophones n’empêcha pas l’adoption de la loi. Tous les jeunes gens devaient s’enregistrer, faute de quoi ils seraient considérés comme déserteurs, perdraient

La conscription de 1917, promulguée par le gouvernement canadien de Robert Borden, est l’un des événements politiques les plus marquants de l’histoire du Canada et l’un de ceux qui ont le mieux fait état de la division qui règne alors entre les Canadiens anglais et les Canadiens français au pays des deux solitudes.  Lorsque la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne, le 4 août 1914, toutes les colonies britanniques, dont le Canada, se retrouvent sur le même pied de guerre, propulsées malgré elles dans le premier grand conflit mondial. Au départ, les volontaires sont nombreux, puis les méthodes de recrutement deviennent insuffisantes et les nombreuses pertes subies au front par les Alliés pressent le gouvernement canadien à finalement imposer la conscription, c’est-à-dire le service militaire obligatoire. L’homme d’affaires drummondvillois Ovide Brouillard, élu député fédéral de Drummond-Arthabaska sous la bannière libérale depuis 1911, se positionne alors contre la mesure du gouvernement aux côtés de ses collègues du Parti libéral et de leur chef Wilfrid Laurier. Ainsi, le 5 juillet 1917, pendant que nos soldats canadiens combattent l’armée allemande dans les tranchées du vieux continent, nos politiciens fédéraux mènent avec acharnement le débat sur le service militaire dans la grande salle de la Chambre

À la subdivision de la circonscription de Buckingham, en 1829, le comté de Drummond est officiellement créé et l’élection partielle en vue de lui nommer un représentant au Parlement provincial a lieu le 7 novembre suivant. Frederick George Heriot, le fondateur de la colonie, semble alors être la personne toute désignée pour occuper cette fonction prestigieuse. Et en regard de sa forte réputation, tout semble indiquer qu’il sera élu sans opposition. Mais il n’en est rien. Lors de cette première consultation populaire, le réformiste Francis Armstrong Evans brigue également les suffrages, ce qui laisse croire que tout n’était pas parfait sous le règne du lieutenant-colonel Heriot et qu’il y avait bel et bien des insatisfaits au sein de la petite bourgade. Francis A. Evans est originaire de Roscrea, en Irlande. Né dans une respectable famille protestante, il étudie le Droit et sert comme lieutenant dans la milice de Galway. En vue d’améliorer sa condition, il émigre au Bas-Canada vers 1816 et s’établit dans la colonie de la rivière Saint-François. Durant les premières années, comme tous les autres colons, il s’affaire à défricher sa terre, un lot de 100 acres, située dans le canton de Wendover. Cependant, le sol que lui offre

À l’été 1937, les séquelles de la crise économique de 1930 sont encore bien présentes au Québec. Le chômage demeure élevé et l’économie tarde à se redresser. À l’instar de plusieurs secteurs manufacturiers, l’industrie du textile fait les frais de ce marasme économique. Plus encore, les conclusions de la Commission royale d’enquête sur l’industrie du textile de 1936 (Commission Turgeon) jettent le voile sur l’exploitation dont sont victimes les hommes et les femmes de ce secteur d’activités, en plus de mettre en lumière des conditions de travail lamentables. La Dominion Textile, qui contrôle alors les deux tiers de l’industrie du coton au Canada, en fait particulièrement l’objet. Suite à cette Commission, la Confédération des Travailleurs Catholiques du Canada, en collaboration avec la Fédération catholique nationale du textile, expose clairement les griefs de leurs membres et tente de mettre la table en vue de la prochaine convention collective. Rapidement, les négociations se retrouvent dans un cul-de-sac et les représentants syndicaux soupçonnent la collusion entre le gouvernement et la Dominion Textile. Devant l’impasse des négociations, des votes de grèves s’organisent dans toutes les succursales de la Dominion Textile du Québec. À Drummondville, le vote de la Drummondville Cotton, se tient le 21 juillet.

En 1914, les droits d’exploitation hydroélectrique du bas de la rivière Saint-François sont acquis par la Southern Canada Power. La compagnie érige ainsi une première centrale aux chutes Lord en 1919 et une deuxième, quatre kilomètres en amont, qui entre en activité en 1926 sous le vocable de la centrale Hemming. La Southern Canada Power prend alors le contrôle de la production et de la distribution de l’électricité de la région et est donc en mesure d’orienter le recrutement industriel afin de maximiser ses profits. La possibilité d’une production énergétique considérable permet à l’industrie du textile de s’implanter à Drummondville et devient le symbole industriel de la décennie 1920. C’est dans ce contexte que la Jenkes Canadian Tire Fabrics Company Limited s’établit à Drummondville en 1920 sur le site actuel du 575 rue des Écoles. Elle débute alors la construction d’un édifice de quatre étages et œuvre sous cette entité jusqu’en 1929, année où la Dominion Textile Company Limited fait son acquisition. La nouvelle succursale prend à partir de ce moment le nom de Drummondville Cotton Company Limited. Plusieurs agrandissements ont lieu dans les années 1930 si bien qu’en 1937, la compagnie débute la production de cordes et de filets pour

Manoir Drummond, 15 septembre 1953. Un grand dîner réunissant une centaine de convives est organisé afin de marquer la fondation du club des Francs de Drummondville. Paul Côté, fondateur et président intérimaire, est tiré à quatre épingles. Le conseil provisoire a envoyé des dizaines d’invitations et nombreux sont ceux qui ont répondu à l’appel : autorités religieuses et municipales, présidents et membres de clubs, dont ceux de Magog, Granby, Longueuil et Montréal. Des représentants de Sherbrooke sont également présents afin de procéder à l’initiation des nouveaux membres de la section locale. Durant la soirée, le maître de cérémonie rappelle les grands objectifs du club, c’est-à-dire organiser des rencontres régulières agrémentées de conférences; développer une fraternité chrétienne et un esprit d’entraide parmi les membres, leur donner l’occasion d’exercer la charité et le service social, ainsi que de leur procurer une solide formation religieuse. Il souligne également que les Francs trouvent leur origine en 1942 à Sherbrooke et que depuis, dix nouveaux clubs, dont celui de Drummondville, ont été fondés. Au cœur de la cérémonie, les initiés Antoine Biron, Paul Côté, Noël Sylvain, Paul Martel, Henri Précourt, Roland Bourgeault, Roger Lauzon, André Pinard, Martial Bellemare, Réal Comtois, Germain Letendre, André Pepin, Jules Saint-Pierre, Henri

Soulignée chaque année le 24 juin, la Fête nationale des Québécois tire ses origines d’une ancienne tradition païenne qui se voulait une célébration pour l’arrivée du solstice d’été. Célébrée dès l’époque de la Nouvelle-France, l’origine des festivités que nous connaissons aujourd’hui remonte cependant au 24 juin 1834. C’est à l’occasion du banquet de fondation de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal que l’idée de doter le peuple canadien-français d’une fête nationale annuelle prend forme. L’initiative fait écho dès l’année suivante et plusieurs rassemblements sont organisés dans le Bas-Canada. À Drummondville, les premières manifestations connues de la Saint-Jean-Baptiste remontent au 19 juin 1902 alors qu’un grand rassemblement nationaliste est organisé par l’avocat Napoléon Garceau. Il tente ainsi de persuader le premier ministre Wilfrid Laurier de résister aux pressions impérialistes de l’Angleterre. Selon ce que l’on peut lire dans le journal L’Union des Cantons de l’Est du 20 juin 1902, plus de 2000 personnes venues des comtés environnants se réunissent pour l’évènement. Drummondville avait un air de fête et « chaque demeure était ornée de drapeaux ». La fête de la Saint-Jean-Baptiste s’inscrit également dans une tradition religieuse importante à cette époque. Camille Duguay, fondateur du journal La Parole, le souligne d'ailleurs très bien dans