La forte croissance de Drummondville durant les années 1920 oblige les autorités municipales à trouver de nouvelles sources de revenus. La Ville adopte ainsi en 1923 le règlement 111 qui lui permet d’imposer des licences sur « … tous commerces, manufactures, établissements financiers ou commerciaux, occupations, arts, professions, métiers ou moyens de profits ou d’existence désignés dans la nomenclature suivante, exercés ou exploités dans la ville de Drummondville par une ou des personnes, sociétés ou corporation. » Le coût de ces licences va de 10 $ pour les vendeurs de glace à 200 $ pour les colporteurs, les compagnies de toutes sortes ainsi que les vendeurs de bière et de vin. Les professionnels ne sont pas épargnés. Avocats, notaires, médecins, dentistes, ingénieurs, architectes et opticiens doivent débourser 50 $ pour exercer leur art. En fait, on pourrait croire que les journaliers, les cultivateurs et les employés d’usine sont les seuls à ne pas être touchés. Eh bien non ! Une taxe de 2 $ s’applique aussi « … sur tout habitant mâle âgé de 21 ans et plus, ayant résidé dans la ville depuis six mois et qui n’est chargé d’aucune autre taxe ou licence. » Cependant, la loi prévoit quelques rares exceptions. « Cette taxe ne s’appliquera

  Route menant à Saint-Guillaume, le 25 août 1917. Le vendeur d’automobiles Zotique Bourdon, de Longueuil, roule à bord d’une Overland cinq places en compagnie de Roméo Bolduc, un client à qui il a vendu une voiture la veille et qu’il doit reconduire chez lui pour conclure la transaction. Une vente comme les autres a priori, mais en chemin, Bolduc sort un pistolet de calibre .38 et abat Bourdon de trois balles à bout portant. Le motif du crime semble être l’appât du gain : l’automobile et les quelques billets que la victime avait sur elle au moment du drame. La petite municipalité du comté de Drummond est sous le choc. Le procès du « tueur de Saint-Guillaume » fait couler beaucoup d’encre, notamment parce que Bolduc est reconnu coupable de meurtre prémédité, mais surtout parce qu’il est condamné à être pendu haut et court quelques mois plus tard. Une copie du compte-rendu du procès de Bolduc, tenu devant jurés entre le 22 et le 24 janvier 1918, est conservée dans le dépôt d’archives de la Société d’histoire de Drummond. Il rappelle les faits qui précèdent, accompagnent et suivent le meurtre de Bourdon. En voici un résumé. La veille de l’homicide, Bolduc se trouve

  Situé au cœur d’un paysage enchanteur, sur la rive nord de la rivière Saint-François, le campus universitaire de Drummondville est aménagé sur l’ancien domaine de la famille Sheppard, un site historique au passé méconnu dont l’occupation remonte au milieu du dix-neuvième siècle. William Sheppard, marchand d’origine anglaise et homme politique canadien, est le premier à s’y établir avec son épouse, Harriett Campbell, en 1848. Le couple habitait auparavant Sillery, où William avait fait fortune dans le commerce du bois et la construction de navires, et vivait dans une luxueuse villa entourée de cent arpents de bois, surnommée à juste titre Woodfield, qu’il avait dû vendre en raison de soucis financiers, peu avant de quitter la ville. Les Sheppard s’installent donc dans le canton de Wendover, aux abords de la rivière, non loin de la famille Trent. Passionnés par les fleurs, les plantes et l’horticulture, ces derniers font construire sur leur nouveau domaine une imposante villa en pierre de deux étages qu’ils baptisent avec une touche de poésie « Fairymead », qui signifie « breuvage féérique » ou « hydromel de fée ». La nouvelle propriété de William et Harriett n’a certes pas l’allure de Woodfield, avec sa galerie de peintures, son

  Tout au long de son histoire, Drummondville a été observée et étudiée par des individus de tous genres. Les historiens par exemple se sont penchés sur son passé ; les journalistes, sur son présent ; et les artistes, sur ses traits caractéristiques. L’objectivité étant absente du regard de quiconque épie avec une intention précise, certains l’ont présentée avec complaisance, d’autres l’ont dépeinte avec moins d’égard. Néanmoins, la plupart nous l’ont fait connaître davantage. C’est déjà beaucoup. Le sociologue Everett Cherrington Hugues est l’un de ceux-là. Américain, originaire de Beaver en Ohio, Everett Cherrington Hugues (1897-1983) entreprend ses études en sociologie à la prestigieuse Université de Chicago durant l’entre-deux-guerres et y défend sa thèse de doctorat avec succès en 1928. Lorsqu’il largue sa toge et son mortier de graduation, ce dernier enseigne déjà depuis un an au département de sociologie de l’Université McGill, à Montréal, où il œuvre durant dix ans. Pendant son séjour dans la métropole, Hugues découvre le fait français et s’éprend de la culture ambiante. Il constate aussi l’existence des deux solitudes et s’intéresse à la rencontre de ces « deux mondes » dans les localités où l’industrialisation oblige les interactions ; les ouvriers étant majoritairement canadiens-français et

     La participation des femmes dans la politique canadienne ne date pas d’hier. Déjà durant la Première Guerre mondiale, elles luttaient pour le droit de voter aux élections fédérales, un privilège longtemps réservé aux hommes, qu’elles obtiennent finalement le 24 mai 1918 et dont elles se prévalent pour la première fois lors du scrutin général de 1921. Un moment marquant pour la démocratie et une date incontournable du calendrier féministe canadien.      Cette élection, qui propulse le libéral William Lyon Mackenzie King à la tête du pays, ouvre aussi les portes de la Chambre des communes à l’Ontarienne Agnes Macphail, qui devient la première femme députée de l’histoire du Canada. En plus de défendre les droits des agriculteurs, elle milite pour les droits des mineurs et des immigrants. Plus encore, elle montre la voie aux autres suffragettes de sa génération qui poursuivent la lutte dans les provinces et qui incarnent à leur tour l’univers des possibles pour toutes celles qui suivront.      Depuis son élection, il y a près de cent ans, plus de trois cent cinquante Canadiennes ont marché dans ses pas pour se rendre au Parlement. Au Québec, il faut attendre l’élection générale fédérale de 1972 pour que l’électorat envoie

Durant les décennies 1940-1950-1960, les chorales foisonnent à Drummondville. Parmi les plus actives, notons la Manécanterie de Gaston Montplaisir, la Société artistique des chanteurs, la Rose et Bleu, les Francs-chanteurs et les Argentins. Ces groupes sont alors de tous les événements musicaux et artistiques présentés dans la région. Ils prennent racine dans la communauté et bientôt, elles forgent aux côtés des troupes de danse folklorique et autres organismes du même genre l’identité culturelle de la ville. L’Ensemble vocal de Drummondville (EVD) est l’un de ceux-là ; il voit le jour le 12 février 1968, sous le vocable Les Argentins, alors que quelques mélomanes se regroupent autour de monsieur Louis-Philippe Cloutier pour s’adonner à la pratique du chant choral. Après quelques mois d’existence seulement, plusieurs excellents choristes de la région se joignent aux membres fondateurs, si bien qu’à la fin de l’année 1968, pas moins de quarante voix forment le nouveau chœur drummondvillois. Les premières répétitions se tiennent à l’école Sainte-Thérèse et les archives nous rappellent que le groupe offre sa première prestation officielle le 3 avril 1969 à l’église Saint-Joseph, où il interprète Les sept paroles du Christ. L’année suivante, Les Argentins se produisent au Centre culturel de Drummondville et y

   Durant le deuxième grand conflit mondial, les femmes canadiennes contribuent elles aussi à l'effort de guerre. Des milliers portent l’uniforme et servent dans les forces armées comme infirmières militaires, mécaniciennes ou radiotélégraphistes ; d’autres travaillent dans les usines ou sur les fermes ; s’impliquent auprès des œuvres de bienfaisance et tricotent des bas et des mitaines ; préparent des colis pour les soldats envoyés outre-mer ; et recueillent des matériaux dans le cadre des campagnes de récupération. Les Drummondvilloises ne font pas exception. Marguerite Courchesne est l’une de celles-là. Nous lui dédions cette chronique.    Fille du cultivateur Ulric Courchesne et de dame Emma McClure, Marguerite naît le 9 mars 1897 dans la petite municipalité de Saint-François-du-Lac. Ses études en sténographie terminées, elle fait ses débuts dans le domaine des assurances à Montréal en 1913-1914 comme secrétaire pour le compte de la Mount Royal Insurance Company. Elle rejoint sa famille à Drummondville en 1929, à la demande de son frère Dominique, qui vient tout juste de faire l’acquisition du bureau d’assurances Courchesne, rue Lindsay, anciennement propriété de son cousin Édouard. C’est dans ces circonstances que Marguerite arrive en ville pour exercer le métier de courtière, une occupation jadis réservée aux

Le 20 janvier dernier, le maire Alexandre Cusson présidait sa dernière séance au conseil municipal et quittait officiellement ses fonctions quelques jours plus tard. Ainsi donc, dans quelques mois, nous serons appelés aux urnes pour élire celui ou celle qui le remplacera à l’Hôtel de Ville. Il y a cent ans, presque jour pour jour, les Drummondvillois vivaient une situation semblable et ce hasard de l’histoire m’offre l’occasion de vous faire voyager à peu de frais au début du siècle dernier.      Nous nous retrouvons donc au cœur du Drummondville d’antan, au début de janvier 1920. Le maire de l’époque, Joseph-Ovila Montplaisir, est sur le point de tirer sa révérence après un court mandat de deux ans marqué par le boom économique d’après-guerre et l’implantation des premières manufactures de textile qui feront vivre les ménages de la région durant des décennies. La scène politique locale déborde alors d’esprits forts et de notables capables d’affronter les défis naissants qui émanent du nouveau statut industriel de la ville. Pourtant, un seul candidat se propose à la succession du maire Montplaisir : Napoléon Garceau.      Homme d’action et de débat déjà bien connu de ses concitoyens, Garceau se présente devant l’électorat avec une feuille de route

L’arrivée de nombreuses entreprises américaines et d’une masse considérable d’ouvriers durant la première moitié du XXe siècle à Drummondville provoque de nouvelles pratiques dans les manufactures locales, notamment au niveau des loisirs, et permet alors l’instauration de ligues sportives industrielles. La promotion de l’esprit d’équipe, de la compétitivité, de la concurrence, du don de soi et du leadership est le leitmotiv des entrepreneurs qui souhaitent transmettre la fougue des sports d’équipes sur les lignes de production. Les usines commencent à former des ligues sportives à l’interne, opposant leurs divers départements, pour ensuite se livrer bataille entre elles sur les terrains de jeux de la ville au sein de la Drummondville Industrial League, qui débute dès 1925. L’importance du sport dans le monde industriel se reflète également par l’investissement de certaines usines dans des infrastructures sportives sur leur propre propriété. Ce fut le cas notamment de la Celanese, qui fit bâtir un terrain de baseball, une patinoire, des allées de curling et même, durant une certaine période, une plage réservée aux employés de l’usine et leur famille. Les tournois des lignes industrielles sont un moyen pour les différentes compagnies de se démarquer et de faire bonne figure dans la communauté. C’est l’une

L’écrivain français Émile Zola, également photographe à ses heures, affirmait que l’on ne peut pas dire que l’on a véritablement vu quelque chose si l’on n’en a pas pris un cliché, pour en révéler tous les détails qui autrement ne pourraient être discernés. En contemplant l’œuvre de Lorne Elder, un photographe ontarien amateur de passage à Drummondville à la fin des années 1930, cette citation s’est mise à résonner dans ma tête et m’est apparue naturellement comme une évidence. Elder avait dû lire Zola car, sur le point de retourner chez lui en 1938, il avait parcouru la ville pour la contempler et la photographier sous tous ses angles, comme pour figer sur pellicule ses moindres spécificités et en extraire toute la beauté. Aussi, sans doute, pour ne jamais oublier son voyage chez nous. Comme on ne veut oublier un amour de vacances. Il faut dire que son séjour à Drummondville, bien qu’il ait été de courte durée, a été déterminant dans la vie professionnelle du jeune homme. Lorne Elder (1916-2009) est originaire de Hensall, un petit village situé à proximité du Lac Huron, en Ontario. Habité par l’ambition de concevoir et de fabriquer de gros moteurs diesel et voyant le