L’urbanisation rapide que connut Drummondville dans les années 1920 amena son lot de problèmes dans le domaine de l’hygiène publique; les gens arrivés de la campagne étaient peu sensibles au problème des déchets, ayant vécu dans un habitat dispersé. Pendant l’hiver, la population avait la mauvaise habitude de lancer dans les cours les détritus de toute sorte, dont les restes de table, sans conséquence immédiate car ces déchets étaient vite recouverts par les chutes de neige successives. En avril 1932, l’éditorialiste Adélard Rivard incitait ses concitoyens à débarrasser les cours des déchets et des détritus qui s’étaient accumulés pendant l’hiver. Autrement les mouches s’y reproduiraient par milliers, pour devenir le pire cauchemar des ménagères. Il y allait de la santé publique, les mouches étant la cause indirecte de nombreuses maladies infectieuses. On discutait encore en 1932 de la nécessité d’obliger chaque propriétaire ou locataire à avoir un réceptacle en bois ou en métal muni d’un couvercle et de deux poignées.  Un règlement municipal fut adopté en 1935 : on devait déposer dans les poubelles les boîtes de conserve, les restes de table, la cendre; il était interdit aux chiffonniers d’y toucher. Les journaux devaient être mis à part, roulés et attachés. Les

  Drummondville, le 15 octobre 1961. L’agent d’assurance David Ouellet (1908-1972) est élu candidat créditiste par acclamation dans la circonscription électorale de Drummond-Arthabaska en vue des élections fédérales de juin 1962. À Ottawa, les libéraux et les conservateurs de tout acabit s’échangent le pouvoir depuis des décennies et les créditistes se présentent alors à l’électorat comme une véritable alternative aux partis traditionnels. Qui plus est, au moment de déclencher la consultation populaire, le taux de chômage est élevé partout au pays et la valeur du dollar canadien est en baisse, ce qui provoque une grogne « coast to coast » et une volonté de changement généralisée. Ainsi, la table est mise pour les adversaires du gouvernement Diefenbaker. L’enjeu de la campagne électorale à venir sera vraisemblablement le redressement de l’économie canadienne et le comté de Drummond-Arthabaska ne fera pas exception à en juger le slogan scandé par les créditistes de la région durant l’exercice démocratique : « Si vous aimez les dettes, les taxes, les impôts, le chômage, la misère, l’insécurité, les faillites et les embêtements gouvernementaux, votez Rouge ou Bleu. Si vous en avez assez… Essayez le Crédit social. Dans Drummond-Arthabaska, un vote pour David Ouellet est un vote pour la prospérité »

Edgar Larocque voit le jour à Roxton Falls en 1887. Dès sa jeunesse, il voyage régulièrement aux États-Unis où réside une partie de sa famille. Au gré de ses pérégrinations, il acquiert un large réseau professionnel l’aidant, une fois de retour dans la région de Drummondville, à se lancer en affaires. En 1924, Edgar Larocque fonde une entreprise de distribution de fruits et légumes qu’il importe de la Floride, de la Californie et du Costa Rica. E. Larocque & Fils voit alors le jour et permet aux différents commerces, épiceries et restaurants des environs de se procurer des produits frais. Edgar Larocque commence par louer un bâtiment au cœur de Drummondville, près de la gare du chemin de fer du Canadien National, afin d’y entreposer ses importations arrivant, la plupart du temps, par train. Bien que la compagnie obtient un contrat pour approvisionner le personnel de construction de l’usine de la Southern Canada Power aux Chutes Hemming en 1925, les premiers temps ne sont pas toujours faciles sur le plan professionnel, mais également personnel. En effet, l’épouse d’Edgar Larocque décède à un jeune âge en 1929, puis, en 1932, l’entrepôt est victime de deux incendies en deux jours, causant de lourds

  Drummondville, le 16 août 1901. Bridget O’Connor, une vieille dame de soixante-quinze ans, termine l’écriture d’une longue lettre destinée au Département de la Justice du Canada. Alitée et souffrante, la veuve de Robert Heriot relate dans le détail les événements qui ont mené à l’agression sauvage dont elle a été victime quelques jours plus tôt et qui découle, selon ses dires, d’un ordre du très réputé William John Watts, fils de Robert Nugent, dans le but de lui ravir ses titres de propriété. Les faits nous transportent à l’époque du décès de Frederick George Heriot, survenu en décembre 1843, et révèlent des détails troublants au sujet de sa succession et des rivalités qui opposent certains de ses héritiers. La déposition lapidaire de dame O’Connor met ainsi en scène des personnalités notoires de notre histoire régionale et remet en question la glorification de certains de nos pionniers. Les premières accusations visent Robert Nugent Watts, un des héritiers de Frederick George Heriot, qui aurait obtenu frauduleusement plusieurs lots de terre du canton de Grantham. Dans son argumentaire, Bridget soutient qu’une partie des lots de terre obtenus n’ont pas été légués, mais bien vendus à Watts peu avant la mort du fondateur de la

  Drummondville, mois de juin 1826. Le chef-lieu de la petite colonie de la rivière Saint-François, fondée onze ans auparavant, compte alors une centaine d’âmes, pour la plupart des vétérans-soldats de la guerre anglo-américaine. Dire que les débuts de la colonie n’ont pas été faciles pour ces derniers serait un euphémisme : la qualité du sol déçoit, les premières récoltes sont peu généreuses, les rations promises par la Couronne sont nettement insuffisantes, sans compter les nombreux départs et l’épidémie de petite vérole qui menace la population déjà fragilisée par le dur labeur et le manque de nourriture. Néanmoins, certains choisissent de rester pour affronter leur destin. La société naissante est multiethnique et regroupe Anglais, Canadiens, Écossais et Irlandais, mais également des Italiens, des Polonais, des Suisses et quelques Français. Au fil des saisons, ces hommes de guerre sont devenus des hommes de paix. Ils construisent des cabanes en bois et s’installent à demeure, défrichent leur terre, l’essouchent et la mettent en culture. L’essentiel de l’économie locale repose toujours sur l’agriculture de subsistance, les surplus à commercialiser se faisant tout aussi rares que les routes nécessaires au transport des marchandises. Dédiés corps et âme à la colonisation, les habitants ne sentent pas l’empressement de financer

  Champs de ferme du canton de Williamsburg, Haut-Canada, le 10 novembre 1813. La guerre anglo-américaine fait rage depuis quelques mois déjà et les troupes étatsuniennes, menées par le brigadier général John Parker Boyd, tentent une nouvelle progression le long des rives du fleuve Saint-Laurent, mais se butent à un petit contingent des forces britanniques dirigé par le lieutenant-colonel Wanton Morrison. La Bataille de la ferme Crysler est sur le point de commencer. Elle sera décisive pour la victoire canado-britannique, mais également pour la suite de la carrière militaire de Frederick George Heriot, le futur fondateur de Drummondville. La mise en scène Les hommes de Boyd établissent leur quartier général dans une taverne locale, tandis que ceux de Morrison s’installent à moins de deux kilomètres à l’est, chez le fermier John Crysler. Au petit matin du 11 novembre, le lieutenant-colonel britannique scrute l’horizon : l’endroit est bien dégagé, le vaste champ favorisera le déploiement de ses régiments de ligne ; le fleuve à droite permettra aux canonnières du capitaine Mulcaster d’appuyer ses troupes ; et la forêt dense à gauche ainsi que la petite ravine serviront de couverture à l’infanterie légère des Voltigeurs canadiens, des Canadian Fencibles et des alliés mohawks. Morrison tourne

  Frederick Earl Cartwright est né le 6 novembre 1924 à New Glasgow (N-É); on prit l’habitude de l’appeler George, comme son père.  En 1928, celui-ci fut embauché comme chef cuisinier à l’hôtel Abenakis Springs à Saint-François-du-Lac, où il est décédé en 1932. Hélène Ritchotte est née à Pierreville le 30 décembre 1924 ; déménagée à Drummondville, elle suivit le cours commercial au collège Ellis, puis fut embauchée à la Canadian Celanese où elle fit la connaissance de George en 1942. Scout dans sa jeunesse, George a toujours manifesté une grande loyauté envers ce mouvement. Dès ses 18 ans le 6 novembre 1942, il s’est enrôlé dans le 9th Field Squadron des Royal Canadian Engineers, car il était naturel d’aller défendre son pays. Il a fait son entraînement à Saint-Jean, Petawawa … et devint opérateur radio, avant d’être envoyé outre-mer en 1944. À bord d’un véhicule blindé, il faisait partie d’une unité de reconnaissance qui s’infiltrait derrière les lignes ennemies pour repérer les routes, ponts… afin de préparer le terrain pour les troupes canadiennes, mission à haut risque. Il a souvent vu la mort de près, ressentant continuellement la peur, la faim, le manque de sommeil. Il fut rapatrié à l’été 1945, très heureux de

  Les contemporains qualifièrent le conflit de 1914-1918 de Grande Guerre, espérant qu’il s’agissait de la dernière, vu son ampleur, sa durée et son intensité. Elle a en effet impliqué plus de soldats (60 M.), occasionné plus de pertes (10 M. de morts) et mobilisé plus de ressources que toute autre guerre précédente. L’industrialisation, la conquête d’empires coloniaux, l’unification de l’Allemagne, la course aux armements créèrent des conditions nouvelles qui menaçaient l’équilibre européen.  De fait, l’Europe était divisée en deux systèmes d’alliances rivaux : la Triple Entente (France, Grande-Bretagne et Russie) et la Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie). Le 28 juin 1914, l’héritier du trône d’Autriche, l’archiduc François-Ferdinand et son épouse furent assassinés à Sarajevo par un nationaliste serbe. Viennes voulut profiter de l’attentat pour écraser la Serbie et briser le mouvement des nationalités qui risquait de faire éclater l’Empire ; soutenue par l’Allemagne, l’Autriche attaqua la Serbie le 28 juillet.  De fil en aiguille l’Allemagne, la France, la Russie, la Grande-Bretagne furent entraînées dans le conflit.  Chacun des belligérants estimait être dans son bon droit, particulièrement l’Allemagne, qui voulait défendre sa « place au soleil ».  La guerre que tous prévoyaient courte allait durer cinq ans et trois mois. Le Canada, qui

  Le Canada entra en guerre le 4 août 1914, en même temps que l’Angleterre, dont il était encore dépendant. Les Canadiens combattirent dans le nord de la France et en Belgique. La guerre se déroula sur un front de 800 km, où les armées se faisaient face, abritées dans des tranchées et dans des abris souterrains.  La stratégie consistait à bombarder violemment les tranchées ennemies avant de lancer les soldats à l’assaut ; mais leurs rangs étaient vite décimés par les mitrailleuses ennemies, si bien que les pertes étaient énormes et les résultats dérisoires. La situation changea quand les États-Unis déclarèrent la guerre à l’Allemagne en avril 1917 et expédièrent des troupes en Europe, dont le nombre atteignit deux millions. Après avoir signé la paix avec la Russie en mars 1918, les Allemands concentrèrent leur armée à l’ouest et lancèrent une grande offensive en juillet, mais ils durent bientôt retraiter. La situation empira avec les troubles révolutionnaires à Berlin, l’abdication de Guillaume II, les désertions dans l’armée.  Ils se résignèrent donc à signer un armistice le 11 novembre : la cérémonie se déroula à Rethondes à 5h15 du matin, pour prendre effet à 11h. Le quartier général canadien fut informé de l’affaire

  6 Septembre 1931, la ville de Drummondville retient son souffle. Le soleil ne se montre guère et la température se refroidit. L’été laisse tranquillement place à l’automne. Même si la saison des couleurs arrive à grand pas avec sa beauté poétique, Drummondville n’a pas l’âme à s’éblouir. Ses habitants et elle restent ternes et silencieux. Les volets demeurent fermés et la gaieté des résidents laisse place à une odeur de peur. En effet, il y a peu, les Drummondvillois ont eu vent qu’une maison, dans le 7ième rang de Saint-Lucien, était à l’origine de plusieurs bruits étranges. On racontait que cette cacophonie était tellement horrible que les plus braves devenaient aussi blancs que les morts. L’enfer, disait-on, avait pris place dans cette maison. Cette lourde ambiance ne laissait personne indifférent. Un groupe de courageux, ou naïf, fiers à bras de Drummondville décide, le jeudi 10 septembre, de se payer une visite chez ces êtres d’outre-tombe. Lumières portatives, révolvers et cartouches étaient bien inefficaces face à ce qu’ils allaient affronter. L’un des chefs de la bande eut plus de jugeote que ses confrères, apportant avec lui de l’eau bénite. Quand tous les préparatifs furent terminés, c’est un véritable cortège qui se rendit à cette