Drummondville, mois de juin 1826. Le chef-lieu de la petite colonie de la rivière Saint-François, fondée onze ans auparavant, compte alors une centaine d’âmes, pour la plupart des vétérans-soldats de la guerre anglo-américaine. Dire que les débuts de la colonie n’ont pas été faciles pour ces derniers serait un euphémisme : la qualité du sol déçoit, les premières récoltes sont peu généreuses, les rations promises par la Couronne sont nettement insuffisantes, sans compter les nombreux départs et l’épidémie de petite vérole qui menace la population déjà fragilisée par le dur labeur et le manque de nourriture. Néanmoins, certains choisissent de rester pour affronter leur destin. La société naissante est multiethnique et regroupe Anglais, Canadiens, Écossais et Irlandais, mais également des Italiens, des Polonais, des Suisses et quelques Français. Au fil des saisons, ces hommes de guerre sont devenus des hommes de paix. Ils construisent des cabanes en bois et s’installent à demeure, défrichent leur terre, l’essouchent et la mettent en culture. L’essentiel de l’économie locale repose toujours sur l’agriculture de subsistance, les surplus à commercialiser se faisant tout aussi rares que les routes nécessaires au transport des marchandises. Dédiés corps et âme à la colonisation, les habitants ne sentent pas l’empressement de financer

  Champs de ferme du canton de Williamsburg, Haut-Canada, le 10 novembre 1813. La guerre anglo-américaine fait rage depuis quelques mois déjà et les troupes étatsuniennes, menées par le brigadier général John Parker Boyd, tentent une nouvelle progression le long des rives du fleuve Saint-Laurent, mais se butent à un petit contingent des forces britanniques dirigé par le lieutenant-colonel Wanton Morrison. La Bataille de la ferme Crysler est sur le point de commencer. Elle sera décisive pour la victoire canado-britannique, mais également pour la suite de la carrière militaire de Frederick George Heriot, le futur fondateur de Drummondville. La mise en scène Les hommes de Boyd établissent leur quartier général dans une taverne locale, tandis que ceux de Morrison s’installent à moins de deux kilomètres à l’est, chez le fermier John Crysler. Au petit matin du 11 novembre, le lieutenant-colonel britannique scrute l’horizon : l’endroit est bien dégagé, le vaste champ favorisera le déploiement de ses régiments de ligne ; le fleuve à droite permettra aux canonnières du capitaine Mulcaster d’appuyer ses troupes ; et la forêt dense à gauche ainsi que la petite ravine serviront de couverture à l’infanterie légère des Voltigeurs canadiens, des Canadian Fencibles et des alliés mohawks. Morrison tourne

  Frederick Earl Cartwright est né le 6 novembre 1924 à New Glasgow (N-É); on prit l’habitude de l’appeler George, comme son père.  En 1928, celui-ci fut embauché comme chef cuisinier à l’hôtel Abenakis Springs à Saint-François-du-Lac, où il est décédé en 1932. Hélène Ritchotte est née à Pierreville le 30 décembre 1924 ; déménagée à Drummondville, elle suivit le cours commercial au collège Ellis, puis fut embauchée à la Canadian Celanese où elle fit la connaissance de George en 1942. Scout dans sa jeunesse, George a toujours manifesté une grande loyauté envers ce mouvement. Dès ses 18 ans le 6 novembre 1942, il s’est enrôlé dans le 9th Field Squadron des Royal Canadian Engineers, car il était naturel d’aller défendre son pays. Il a fait son entraînement à Saint-Jean, Petawawa … et devint opérateur radio, avant d’être envoyé outre-mer en 1944. À bord d’un véhicule blindé, il faisait partie d’une unité de reconnaissance qui s’infiltrait derrière les lignes ennemies pour repérer les routes, ponts… afin de préparer le terrain pour les troupes canadiennes, mission à haut risque. Il a souvent vu la mort de près, ressentant continuellement la peur, la faim, le manque de sommeil. Il fut rapatrié à l’été 1945, très heureux de

  Les contemporains qualifièrent le conflit de 1914-1918 de Grande Guerre, espérant qu’il s’agissait de la dernière, vu son ampleur, sa durée et son intensité. Elle a en effet impliqué plus de soldats (60 M.), occasionné plus de pertes (10 M. de morts) et mobilisé plus de ressources que toute autre guerre précédente. L’industrialisation, la conquête d’empires coloniaux, l’unification de l’Allemagne, la course aux armements créèrent des conditions nouvelles qui menaçaient l’équilibre européen.  De fait, l’Europe était divisée en deux systèmes d’alliances rivaux : la Triple Entente (France, Grande-Bretagne et Russie) et la Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie). Le 28 juin 1914, l’héritier du trône d’Autriche, l’archiduc François-Ferdinand et son épouse furent assassinés à Sarajevo par un nationaliste serbe. Viennes voulut profiter de l’attentat pour écraser la Serbie et briser le mouvement des nationalités qui risquait de faire éclater l’Empire ; soutenue par l’Allemagne, l’Autriche attaqua la Serbie le 28 juillet.  De fil en aiguille l’Allemagne, la France, la Russie, la Grande-Bretagne furent entraînées dans le conflit.  Chacun des belligérants estimait être dans son bon droit, particulièrement l’Allemagne, qui voulait défendre sa « place au soleil ».  La guerre que tous prévoyaient courte allait durer cinq ans et trois mois. Le Canada, qui

  Le Canada entra en guerre le 4 août 1914, en même temps que l’Angleterre, dont il était encore dépendant. Les Canadiens combattirent dans le nord de la France et en Belgique. La guerre se déroula sur un front de 800 km, où les armées se faisaient face, abritées dans des tranchées et dans des abris souterrains.  La stratégie consistait à bombarder violemment les tranchées ennemies avant de lancer les soldats à l’assaut ; mais leurs rangs étaient vite décimés par les mitrailleuses ennemies, si bien que les pertes étaient énormes et les résultats dérisoires. La situation changea quand les États-Unis déclarèrent la guerre à l’Allemagne en avril 1917 et expédièrent des troupes en Europe, dont le nombre atteignit deux millions. Après avoir signé la paix avec la Russie en mars 1918, les Allemands concentrèrent leur armée à l’ouest et lancèrent une grande offensive en juillet, mais ils durent bientôt retraiter. La situation empira avec les troubles révolutionnaires à Berlin, l’abdication de Guillaume II, les désertions dans l’armée.  Ils se résignèrent donc à signer un armistice le 11 novembre : la cérémonie se déroula à Rethondes à 5h15 du matin, pour prendre effet à 11h. Le quartier général canadien fut informé de l’affaire

  6 Septembre 1931, la ville de Drummondville retient son souffle. Le soleil ne se montre guère et la température se refroidit. L’été laisse tranquillement place à l’automne. Même si la saison des couleurs arrive à grand pas avec sa beauté poétique, Drummondville n’a pas l’âme à s’éblouir. Ses habitants et elle restent ternes et silencieux. Les volets demeurent fermés et la gaieté des résidents laisse place à une odeur de peur. En effet, il y a peu, les Drummondvillois ont eu vent qu’une maison, dans le 7ième rang de Saint-Lucien, était à l’origine de plusieurs bruits étranges. On racontait que cette cacophonie était tellement horrible que les plus braves devenaient aussi blancs que les morts. L’enfer, disait-on, avait pris place dans cette maison. Cette lourde ambiance ne laissait personne indifférent. Un groupe de courageux, ou naïf, fiers à bras de Drummondville décide, le jeudi 10 septembre, de se payer une visite chez ces êtres d’outre-tombe. Lumières portatives, révolvers et cartouches étaient bien inefficaces face à ce qu’ils allaient affronter. L’un des chefs de la bande eut plus de jugeote que ses confrères, apportant avec lui de l’eau bénite. Quand tous les préparatifs furent terminés, c’est un véritable cortège qui se rendit à cette

  Drummondville, le 13 septembre 1927. Un air de fête règne dans les rues de notre ville et nombre de maisons, d’établissements de commerce et de manufactures sont décorés en vue de l’arrivée imminente du premier ministre du Québec Louis-Alexandre Taschereau. Le but principal de la visite de ce dernier vise à découvrir la ville et ses industries afin d’en évaluer ses perspectives d’avenir. Le convoi transportant notre distingué visiteur entre en gare par les rails du Canadien National à 14h00 et est reçu par une foule considérable d’admirateurs et de curieux. L’accueil est triomphal, mais de courte durée, puisque le programme de la journée est riche et chargé. Ainsi, à la suite d’une brève causerie avec le curé Georges Melançon, le premier ministre Taschereau quitte la gare aux côtés du maire Walter Moisan. Le premier magistrat de notre ville guide d’abord son invité jusqu’aux centrales hydroélectriques de la Southern Canada Power pour que ce dernier puisse constater de visu la puissance des principaux moteurs du développement industriel de Drummondville. Le plus haut fonctionnaire de la province est ensuite amené à visiter les usines de la Fonderie Gosselin (outillage pour l’industrie laitière), de la Macdonald Wire Goods (fil de fer),  de la Butterfly

  Grâce à l’étude des archives judiciaires et des journaux d’époque, il s’avère souvent possible de reconstituer d’étonnantes histoires s’étant déroulées à Drummondville. Par exemple, lors d’une séance du conseil de Ville de Drummondville le 27 juin 1939, le maire Arthur Rajotte accuse son chef de police, Joseph Moquin, « de ne pas faire respecter la morale dans la ville ». La raison de cet euphémisme ? Le maire reproche à Moquin de ne pas être intervenu auprès d’une maison close exploitée aux étages du restaurant Taft, situé au 496 rue Lindsay. L’établissement suspect est tenu par René B. et Alvina G. qui louent des chambres à d’honnêtes travailleurs, mais qui tolèrent également la présence de femmes de petite vertu. Le maire Rajotte somme son chef de se présenter à une enquête publique concernant cette affaire, mais Moquin choisit plutôt de démissionner. Moquin est rapidement remplacé par Anthime Simard, un policier sans grande expérience. Ce dernier effectue, dans la soirée du 11 novembre 1939, une descente au 496 rue Lindsay. La police arrête tous les gens sur place dont Alvina, sa fille, René et son frère. Tous sont ensuite relâchés après interrogatoire. René et Alvina, ne voulant pas se faire poursuivre, consultent alors l’avocat Antoine

  L’histoire de la municipalité de Saint-Félix-de-Kingsey ne commence pas avec la ratification canonique et civile du lieu, respectivement en 1859 et 1860, mais bien avec l’arrivée des premières familles de pionniers. Parmi ceux-ci, le premier colon loyaliste, William Edward Wadleigh, s’y installe avec sa famille dès 1800. Ce dernier quitte sa ferme de Danville, au Vermont, avec sa femme et ses sept enfants pour s’établir à Lennoxville. N’étant pas satisfait des terres au confluent des rivières Massawippi et Saint-François, il décide de continuer son chemin jusqu’en territoire abénaquis, là où James Rankin avait précédemment arpenté, en 1792, ce qui deviendra quelques années plus tard, le canton de Kingsey. Le cimetière Maplewood, situé sur le chemin de la rivière Saint-François, est l’un des plus anciens vestiges nous venant de ces premiers habitants. Nous pouvons d’ailleurs y trouver la sépulture du premier « enfant blanc né à Kingsey », soit le jeune Rufus Wadleigh (1802-1839) ainsi que celles de ses parents Mary Blasdel (1765-1806) et William Edward Wadleigh (1761-1840). La valeur historique de ce lieu est inestimable considérant ses nombreuses pierres tombales datant de la première moitié du XIXe siècle. Celles-ci mettent en lumière l’aventure des tout premiers arrivants, révélant leurs années de naissance, de décès,

  Dès 1968, l’Association des pilotes de Drummondville projette d’agrandir l’aéroport municipal, inauguré en 1947, et d’aménager un second parc industriel près de celui-ci. Dans un rapport présenté en collaboration avec la Chambre de Commerce du comté de Drummond, la planification à long terme de l’aéroport fait état de neuf recommandations. Parmi celles-ci, notons l’aménagement d’un parc industriel au nord-ouest de la route afin de donner directement accès aux avions, depuis la piste, jusqu’aux industries. Le plan s’accélère et en septembre 1968 le projet de construction d’un nouvel aéroport international au Québec est déposé sur la table par le gouvernement fédéral afin de désengorger celui de Dorval. Dès lors, la Chambre de commerce se penche plus amplement sur la question et en vient à la conclusion que l’aménagement d’un tel complexe serait avantageux pour l’essor économique de Drummondville. On prévoit même qu’en 1980, Drummondville compterait 150 000 habitants grâce à l’arrivée de nouvelles industries. Des études sont alors menées, un site est choisi, on acquiert la collaboration de la presse et on courtise les politiciens qui prendront la décision finale. Drummondville obtient ainsi l’appui, entre autres, des députés fédéral et provincial du comté, MM. Jean-Luc Pepin et Bernard Pinard. À première vue, il n’y