Un peu d'histoire sur
Drummondville et sa région

De la colonie agro-militaire au carrefour industriel
Drummondville: 1815-2015
 
 À la fin de la guerre anglo-américaine de 1812-1814, la Couronne britannique invite les soldats et les officiés licenciés à s’établir aux abords de la rivière Saint-François, à quelque 50 km de son embouchure dans le lac Saint-Pierre. C’est là une façon de faire d’une pierre deux coups: les vétérans maintiendront la loi et l’ordre tout en amorçant la mise en valeur de terres incultes arpentées quelques années auparavant. Le nom du nouvel établissement, DRUMMONDVILLE, est donné en l’honneur de Sir Gordon Drummond, alors gouverneur intérimaire du Bas-Canada.
 
 
 
Un officier émérite
Le directeur désigné de cette colonie agro-militaire est Frederick George Heriot, ancien officier des Voltigeurs et lieutenant-colonel de milice. Né à l’île de Jersey en 1786, Heriot entre au 49e Régiment d’infanterie à l’âge de quinze ans. L’année suivante, il suit son régiment et émigre aux Canadas. C’est à la garnison de Québec, où il côtoie les grands stratèges de l’armée britannique, qu’il forge les bases de sa formation militaire.
 
Après la déclaration de la guerre par les États-Unis le 18 juin 1812, on nomme Heriot au corps des Voltigeurs canadiens avec le grade de major honoraire. En novembre 1813, durant la bataille de Crysler’s Farm, dans le Haut-Canada, Heriot faillit être fait prisonnier et ne réussit à s’échapper que grâce à son intelligence et à ses talents de cavalier; sa conduite lui vaudra une médaille d’or. 
 
Les vétérans-colons
Au début de l’été de 1815, Heriot aborde aux îles de l’actuel parc Woodyatt accompagné de vétérans pour la plupart ayant appartenu à l’un des cinq troupes suivantes : le Régiment suisse de Meuron, les 27e et 49e Régiments d’Infanterie, le 4e bataillon Royal et le Corps des Voltigeurs canadiens.  Ils sont plus de 300 démobilisés à tenter de s’établir dans la colonie de la rivière Saint-François, dont le chef-lieu est Drummondville. 
 
Sur le coteau surplombant les îles, on construit trois casernes.  Dans les deux casernes en front sur la rue Heriot, on entrepose vivres, outils et munitions, alors que la troisième, qui fait face à la ruelle Wood, est à la fois un dispensaire, un lieu de culte pour les anglicans et les catholiques, une école et un tribunal de justice.  On délimite également un champ de manoeuvres militaires qui servira jusqu’en 1837-1838 alors que Heriot se voit confier la défense des intérêts de l’Empire britannique face au soulèvement des Patriotes sur le territoire allant de Drummondville à la frontière des États-Unis.
 
Soixante hectares de terre sont allouées à chaque soldat, et le double aux officiers. Soldats et officiers reçoivent des provisions alimentaires pour eux-mêmes et leur famille pendant une année, en plus des semences et instruments agricoles nécessaires à la mise en valeur de leur terre. Les embuches sont cependant nombreuses : des chutes de neige en juin et des gelées en août 1816, une réduction de l’aide alimentaire, une épidémie et, finalement, un incendie qui ravage campagne et village en 1826. On reconstruit, mais le développement de la colonie prend beaucoup de retard ; en effet, la population est estimée à moins de 400 personnes en 1832. 
 
Quelques familles s’installent tout de même à demeure. Néanmoins, il semble de plus en plus évident que l’immigration britannique tant souhaitée ne donnera pas les résultats escomptés. Les autorités coloniales se voient contraintes d’ouvrir la région aux Canadiens français qui désirent quitter la vallée surpeuplée du Saint-Laurent. Ces derniers deviendront rapidement majoritaires dans le comté.
 
Heriot décède à Drummondille, le 30 décembre 1843, dans son manoir désigné sous le nom de Comfort Hall. Son tombeau s’élève à quelques pas de la rue qui porte son nom, dans le coin sud-ouest du cimetière jouxtant l’église anglicane St. George. Ses états de service lui avaient valu la croix de Compagnon de l’ordre du Bain en 1822 et le grade de major-général quelques mois avant son décès.  
 
Un retard évident
Ce n’est qu’en 1874 que Drummondville est érigé en village, puis en 1888, il obtient le statut de ville, titre un peu pompeux pour un patelin de moins de 2 000 personnes qui s’apprête à subir un autre épisode de dépopulation.
 
Les chemins terrestres sont alors davantage des voies de pénétration pour la colonisation que de véritables réseaux pour la circulation des marchandises. Malgré les difficultés à obtenir un service fiable, l’arrivée du chemin de fer facilite l’accès aux marchés métropolitains et de la Nouvelle-Angleterre. En 1872, débute la construction d’un chemin à lisses de bois reliant Sorel à Drummondville avec un embranchement se poursuivant vers L’Avenir. Cette ligne ferroviaire s’étendra éventuellement jusqu’à Sutton pour s’intégrer au réseau du Canadien Pacifique. Dans l’axe est-ouest, le Drummond County Railway relie Sainte-Rosalie, Drummondville, Saint-Léonard et Nicolet en 1887. Il sera intégré par la suite au réseau du Canadien National. 
 
Le bois et la limonite
L’activité économique dépend largement, pendant tout le XIXe siècle, de l’exploitation de deux ressources naturelles: le bois et la limonite. Profitant des facilités de flottage qu’offre la rivière Saint-François, les scieries Cooke et Vassal retiennent dans leurs estacades les billots de pin et d’épinette coupés sur les terres d’amont alors que la tannerie Shaw & Cassils se réserve les billots de pruche.  Une agglomération, communément appelée «Village de la Tannerie», nait dans le voisinage du moulin Cooke et de la tannerie, tous deux situés côte-à-côte sur la rive droite de la Saint-François.
 
En 1880, la fonderie John McDougall construit deux hauts fourneaux pour fondre la limonite que l’on trouve en bonne quantité dans le sol de la région. Le fer en gueuse ainsi produit sert à alimenter ses usines montréalaises qui fabriquent des roues pour les wagons de chemin de fer et les tramways urbains.
 
Durant cette période, quelques entreprises développent des méthodes de travail à la chaîne et fabriquent en grande quantité des chaussures, des allumettes, des chemises, des pinces à linge et des corsets destinés aux marchés local et régional. Malgré tout, Drummondville peine à prendre son élan. On ne compte plus que 1 450 Drummondvillois au recensement de 1901.  
 
Une destinée industrielle
Tout change à partir de 1915, alors que s’installe l’Ætna Chemical, une usine succursale d’un consortium américain d’explosifs. Au plus fort de la production de poudre à canon, l’Ætna, communément appelée «La Poudrière», emploie 2500 travailleurs recrutés dans la région et au sein de contingents d’immigrants européens. Malgré sa brève existence, la Poudrière, qui ferme ses portes en 1919, aura fait connaître Drummondville au-delà des frontières canadiennes.
 
Plusieurs atouts sont alors susceptibles de convaincre les investisseurs potentiels : un réseau ferroviaire bien structuré, une main-d’œuvre abondante et de généreuses exemptions de taxes foncières. Toutefois, c’est la production abondante d’électricité qui va lancer la véritable industrialisation.  De 1918 à 1925, la Southern Canada Power construit deux centrales à la hauteur de Drummondville.  Depuis son bureau de New York, la Southern recrute des entreprises spécialisées dans la transformation de la soie artificielle et du coton. La main-d’oeuvre industrielle se compte alors en milliers de travailleurs.  La plus importante est la Canadian Celanese qui produit une fibre synthétique beaucoup plus résistante que la fibre naturelle. 
 
En 1949, au sommet de l’époque glorieuse du textile, Drummondville occupe la troisième place après Montréal et Québec pour le nombre total d’emplois manufacturiers et le sixième rang pour la valeur annuelle de production.  Le secteur textile embauche près de 80 % de la main-d’oeuvre locale.  À la même époque, s’amorce une longue phase de recul dans toutes les entreprises de tissage canadiennes en raison de l’abolition des barrières commerciales et douanières. Ce qui se traduit par le dumping des textiles étrangers à prix dérisoires. Drummondville n’échappe pas au marasme.  À la fin de l’année 1952, par exemple, l’inventaire de la Celanese s’élève à huit millions de verges de plus que l’année précédente malgré une réduction de 30 % de la production.
 
Un nouveau paysage économique
Dans la tourmente du textile, les autorités reçoivent un message clair; l’avenir économique de Drummondville ne peut reposer sur un seul secteur manufacturier.  Un long processus s’amorce pour diversifier les activités de production et faire la promotion des avantages de la ville qui bénéficie de deux parcs industriels situés au carrefour de l’autoroute 55 menant vers l’Estrie et les États-Unis et de l’autoroute 20 dans l’axe Montréal-Québec.
 
Pendant ce temps, de jeunes entrepreneurs drummondvillois installés dans leur garage ou des locaux restreints font leurs premiers pas dans des créneaux innovateurs reliés au secteur de la machinerie et du métal ainsi que des papiers et produits fins. Parallèlement à ces entreprises à propriété locale, naissent des firmes hautement spécialisées qui ont un rayonnement international. Et pour compenser les emplois manufacturiers compromis par les importations de l’Asie, les activités du secteur tertiaire telles l’entreposage, la distribution et le transport prennent la relève. 
 
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La petite colonie agro-militaire fondée en 1815 par FGH s’est lentement transformée en un centre industriel grâce à la présence abondante de résineux et de gisements de limonite.  Alors que ces ressources s’épuisent, s’amorce l’épopée du textile à l’origine d’un essor démographique à jamais inégalé. Cette spécialité ne doit toutefois pas occulter la présence grandissante de petites et moyennes entreprises exploitant des créneaux d’avant-garde créés pour un grand nombre d’entre eux par des entrepreneurs locaux.  Après 200 ans d’existence, Drummondville connaît une diversification de ses activités, tant du secteur secondaire que du secteur tertiaire, ce qui marque d’une empreinte indélébile son profil économique.
 
Texte: Yolande Allard, juin 2015.
 
 

La MRC de Drummond aujourd'hui

Stratégiquement posté au milieu de la MRC de Drummond, à l’intersection des grands axes routiers, Drummondville est un pôle industriel majeur au Québec. Le centre-ville, noyau originel formé du quadrilatère des rues Saint-Georges, Heriot, Lindsay et Marchand, demeure le cœur de la ville, malgré une dispersion d’établissements commerciaux en tout genre qui résulte de l’expansion des quartiers ouvriers et de l’érection de centres commerciaux.

Drummondville connaît depuis une quinzaine d’années un important développement économique et social. De nombreux emplois ont été créés grâce à un nombre croissant de PME, de différents secteurs d’activité, qui s’établissent dans la région. Quant à la MRC de Drummond, forte de son succès économique des dernières années, elle a vu accroître sa population de 5,1 % entre 2001 et 2007 et les prévisions démographiques prédisent une croissance similaire jusqu’en 2016.

Initialement composée de 25 municipalités, la MRC de Drummond en dénombre maintenant 18, à cause des divers regroupements. Le dernier recensement établit le total des résidents de la MRC à 98 041 résidents, répartis dans 18 municipalités, qui occupent une superficie de 1 600 km².

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