La Société d'Histoire de Drummond
défraie la chronique

Le péril orangiste

Publiée le 18 December 2017 par Maurice Vallée
Couverture du livre La colonie de la rivière Saint-François; Les immigrants, publié par l’historien Maurice Vallée. (Collection Maurice Vallée)

Après un début difficile dû à la mauvaise température et à un manque évident de planification des gestionnaires impériaux, la colonie militaire de la rivière Saint-François stagne dans son développement. Le tiers des vétérans concessionnaires de 1815-1816 quittent. Le hameau de Drummondville est désert. L’échec est certain. Pour sauver la mise, le Colonial Office à Londres va favoriser la venue d’immigrants. Ces derniers sont en majorité des Irlandais catholiques ou protestants. Leur venue vers 1820 donnera un second souffle à la jeune colonie agonisante.

Toutefois, les familles irlandaises catholiques arrivent à Drummondville avec leurs profondes convictions religieuses. En contrepartie, des loges orangistes se développent dans les familles protestantes. Des accusations de pédéraste papiste et du tabassage mènent à des procès retentissants. On célèbre le fameux « 12 glorieux » (12 juillet) pour commémorer la victoire du roi Guillaume d’Orange sur les Irlandais catholiques. À l’été de 1851, l’assemblée générale annuelle de la Grand Orange Lodge of Canada (Grande Loge orange du Canada) se tient au hameau de Drummondville, à l’initiative probable d’une loge très active qui s’y trouve. On est loin de la bonne entente entre catholiques et protestants. La petite paroisse Saint-Frédéric du capitaine Jacques Adhémar ne survit et ne se développe que grâce aux efforts constants d’Irlandais farouchement catholiques.

Alors que les pionniers américains installés au Bas-Canada, près de la frontière américaine, axent leurs efforts sur le développement industriel et commercial, le développement de la colonie de la rivière St-François se fait sur le modèle britannique féodal des lords anglais. Les grands propriétaires terriens (Heriot, Richardson, Lindsay, Stuart) et leurs agents (Marler, Duncan, Ployart) vivent grassement des redevances des petits agriculteurs, locataires ou propriétaires. Le tout se déroule évidemment avec la bénédiction des missionnaires catholiques et des pasteurs anglicans, tous royalistes et monarchistes de droit divin. Vive le roi George !

Ainsi va la vie dans la colonie qui, hélas, encore une fois, se vide peu à peu de ses habitants. Plusieurs familles irlandaises vont définitivement quitter la colonie de Heriot pour s’installer du côté de Richmond ou dans les grandes villes industrielles américaines. On fuit la misère noire et le dur carcan anglais. Quelques familles vont toutefois demeurer sur place et laisser d’importantes descendances dans la colonie sous les patronymes de Brady, Dore, Duncan, Heney, Lyster, Mooney ou Timmons.

Pour celles et ceux qui désirent approfondir le sujet, qui désirent connaître ces familles pionnières irlandaises et les premières décennies de l’énigmatique colonie qu’est Drummondville, la lecture de mon livre sur ces courageux immigrants vous est recommandée.

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