Un support de tuyau en béton et à l’arrière-plan, une grande fosse de béton revêtue de briques que l’on retrouve sur l’ancien site de la AEtna. Archives Yolande Allard

La Poudrière, une usine plus grande que la ville

Durant la Première Guerre mondiale, Drummondville se transforme en une méga-usine de munitions, propriété de la compagnie américaine Ætna Explosives.   En effet, dès le mois de mars 1916, dans les limites sud de la ville, un complexe industriel de quelque 135 hectares produit une poudre propulsive destinée d’abord aux canons du tsar Nicolas II de Russie.  Des milliers de travailleurs participeront à cet effort de guerre, pour la plupart des émigrés originaires des îles britanniques, de l’Italie et de l’Europe de l’Est.

Une poudre dite sans fumée

La poudre fabriquée à Drummondville est le résultat des recherches effectuées vers 1890 par l’ingénieur français Paul Vieille, et le chimiste suédois Alfred Nobel.  Elle se présente sous forme de plaquettes à base de fibres de coton imprégnées d’acides et de solvants qu’on désigne sous le nom de coton-poudre.  Cette découverte présente des avantages certains sur la poudre noire utilisée depuis des siècles.  Entre autres, la combustion du coton-poudre libère un gaz invisible, alors que la poudre noire dégage une fumée noire (riche en oxyde de carbone) qui permet à l’ennemi de localiser avec précision la provenance du projectile.

Disqualification du coton-poudre

La commande de 3 000 000 kilogrammes de coton-poudre passée par le gouvernement russe est livrée avant la fin de l’année 1916.  Aussi, les administrateurs de la compagnie se tournent-ils vers Londres et Ottawa pour remplir leur carnet de commandes.  Les autorités britanniques refusent, prétextant un surplus de leur production nationale; mais les milieux bien informés savent qu’elles ont adopté une nouvelle poudre propulsive à base de nitroglycérine moins dommageable pour les armes.

De plus, la qualité du coton-poudre fabriqué à Drummondville est jugée inégale.  Tel est du moins le verdict de l’employé du Bureau impérial des munitions (BIM) envoyé à quelques reprises à Drummondville pour effectuer des tests de stabilité sur un canon placé à l’écart de l’usine.  Il obligera l’usine à reprendre une grande quantité de la poudre à être livrée.  Le BIM est une agence britannique créée dès le début de la guerre pour le contrôle de la fabrication des munitions au Canada.

Fermeture de l’usine

À compter de novembre 1917, l’usine tourne au ralenti.  On se limite à la nitratation du coton et à la production d’acide nitrique et d’acide sulfurique. Le 11 novembre 1918, l’armistice signé à Rethondes, en France, met fin au conflit européen qui durait depuis plus de quatre ans.  Après avoir transformé toutes les matières premières qu’elle a en main, l’Ætna de Drummondville ferme définitivement ses portes le 26 janvier 1919.  Quelque 700 hommes sont licenciés.