Une fondation en hommage à Germaine Morin Proulx

Le 25 mai dernier, la directrice générale de l’Académie de ballet de Drummondville (ABD), Christiane Proulx, annonçait la mise sur pied de la Fondation Germaine-Morin-Proulx, créée en l’honneur de sa mère. Cette annonce chargée d’émotions et d’histoire, puisqu’elle réfère à l’une des figures marquantes du développement artistique et culturel de la région, est l’occasion toute désignée de rappeler le parcours exceptionnel de cette grande dame.

Germaine Morin naît le 18 janvier 1923 à Saint-Félix-de-Kingsey. Jeune, elle ne pense qu’au théâtre, au Music-Hall américain et au cinéma. Sa passion débordante pour les arts lui vient sans doute de ses parents, car tous les dimanches de son enfance, dit-on, les Morin « ouvrent » le salon et chacun montre ses talents. Les enfants s’en imprègnent. Surtout Germaine, qui étudie très tôt le chant et le théâtre.

Au milieu des années 1940, lorsque la famille Morin arrive en ville, les chorales abondent. Germaine prête sa voix à plusieurs d’entre elles et fait la rencontre de Thérèse Ringuet et Berthilde Lachance. Elles poussent les notes ensembles et se laissent transporter de chœur en jubé dans les églises de la région. Bientôt, le chant ne suffit plus; elles rêvent de danse, de l’élégance des ballerines russes et italiennes. Cependant, s’il est aisé à l’époque pour une soprano lyrique de s’entraîner les cordes vocales, il n’y a nulle part encore en ville où s’exercer le pas et la pointe. Enfin, ne pouvant plus attendre que la danse s’invite dans les bonnes grâces de l’Église, elles décident de se doter elles-mêmes d’une école. C’est ainsi que l’Académie de ballet de Drummondville voit le jour, à l’automne 1946.

Fondée bien avant les Grands Ballets Canadiens de Montréal et l’École Nationale de Ballet de Toronto, l’ABD est l’une des premières institutions à offrir des leçons de ballet au Québec. Thérèse dirige l’école durant les trois premières années, puis Germaine assume ensuite seule la destinée de l’Académie durant plus de soixante ans. Aux pas de ballet classique s’ajoutent graduellement ceux du ballet jazz, de la claquette, de la danse orientale, du flamenco, du tango et de la danse urbaine. Les spectacles annuels deviennent un rendez-vous incontournable et cette tradition se perpétue encore aujourd’hui.

L’héritage artistique et culturel que Germaine laisse à Drummondville dépasse largement les limites de la danse. Les organismes auprès desquels elle s’est impliquée sont nombreux. Son engagement lui vaut d’ailleurs nombre de distinctions au fil du temps, dont le prix L’Escarbot pour sa contribution exceptionnelle à la vie culturelle de sa circonscription (1991) et plus récemment le prix Bâtisseur de la Chambre de commerce (2006).

Germaine Morin Proulx s’éteint le 10 juillet 2011, à l’âge de 88 ans. Cinq ans auparavant, lors d’une allocution, elle s’exprimait sur son parcours en ces mots: « J’aimerais que vous gardiez de moi l’image d’une femme de tête, d’une pionnière du développement culturel de la région. Il ne faut pas penser que toutes mes réalisations se sont faites facilement. En plus de me battre pour que la place des femmes soit reconnue, j’ai toujours eu à combattre l’ordre établi, les vieilles mentalités et les préjugés pour faire éclater l’art et la culture… ».

La création d’une fondation nommée en l’honneur de Germaine, dédiée aux enfants moins bien nantis qui désirent explorer l’univers de la danse et du théâtre, rappelle non seulement sa mémoire, mais également ses valeurs et son audace. En ce sens, il n’y a pas de doute que son souhait pour la postérité est maintenant exaucé.

Visuel : Germaine Morin en répétition à l’Académie de ballet de Drummondville, 1952.

Source : Société d’histoire de Drummond, Fonds Germaine Morin Proulx ; P160, S4, SS11, P26