Répercussions de l’affaire Louis Riel à Drummondville

Au Canada, l’année 1885 est marquée par un important conflit entre le gouvernement fédéral de John A. Macdonald, et les peuples métis du Nord-Ouest qui tentent, sans succès, d’obtenir les titres de propriété des terres de leur région. Cette tentative vient contrecarrer les plans du gouvernement central qui nourrit des visées colonisatrices sur ce territoire. Les tensions entre Ottawa et les Métis, menés par Louis Riel, atteignent leur paroxysme en mai 1885 et culmine par la défaite des Métis à la célèbre bataille de Batoche.  Dans les mois suivants, Louis Riel, tenu responsable des troubles, est condamné à la peine de mort pour les motifs de haute trahison. La partialité du procès est remise en cause par une majorité de Canadiens Français qui y voit un règlement de compte orchestré par Ottawa suite à l’exécution en 1870 de Thomas Scott, jeune orangiste protestant et spéculateur farouchement opposé aux Métis. Quoi qu’il en soit, Louis Riel est exécuté le 16 novembre 1885.

La grogne des Canadiens Français face à cet évènement est alors manifeste et polarise le débat public de l’époque. Six jours après la pendaison du chef métis, plus de 50 000 personnes se réunissent au Champ-de-Mars à Montréal pour manifester contre l’exécution de Riel et pour y entendre discourir plusieurs hommes politiques dont Wilfrid Laurier et le futur premier ministre du Québec, Honoré Mercier. Celui-ci prononce alors cette célèbre phrase qui entre dans la postérité : « Riel, notre frère, est mort, victime de son dévouement à la cause des Métis dont il était le chef, victime du fanatisme et de la trahison ».

L’affaire Riel aura des répercussions et des retentissements partout au Québec. Une grande majorité de Canadiens Français voit dans cette pendaison un affront direct envers le peuple francophone du Canada et la région de Drummondville n’y fait pas exception. Comme une vaste majorité de la population est alors d’origine canadienne-française, il n’est guère surprenant qu’elle se positionne contre la pendaison de Louis Riel. Rapidement, l’agitation de la population se fait sentir et un fossé se crée entre les Drummondvillois et leur député provincial d’allégeance libérale William John Watts. Avocat de formation, industriel et homme politique, ce dernier représente la circonscription de Drummond-Athabaska comme député provincial depuis 1874. Bien que le parti libéral provincial d’Honoré Mercier dénonce avec véhémence la décision du gouvernement fédéral de Macdonald, William John Watts n’abonde pas dans le même sens que son parti. Ce dernier ne veut en rien cautionner l’agitation sociale découlant de l’affaire Riel ni désavouer le Parti libéral du Québec. Il prend donc la décision de démissionner de son poste le 17 décembre 1885, à l’instar de son collègue Henri-Gustave Joly de Lotbinière quelques semaines plus tôt.

Le journal Le Progrès de l’Est témoigne de cette démission en des termes plutôt incendiaires. « Comme son congénère M. Joly, il [W.J. Watts] n’approuve point l’agitation qui se fait en ce moment au sein de la province et il se retire aussi gracieusement que possible. […] Personne ne portera le deuil de ce « braillard » de Drummondville. […] Good bye Mr. Watts ! »  Comme quoi cette démission qui découle directement de la pendaison de Louis Riel ne passe pas inaperçue dans la région !