Remèdes miracle

Dans les journaux populaires de la fin du 19e et du début du 20e siècles, à une époque où la médecine n’est pas encore aussi avancée qu’aujourd’hui, on fait souvent état de remèdes miraculeux qui seraient la panacée à tous les maux. Annoncés à grand renfort de publicité, ces médicaments sont disponibles au magasin du coin ou par la poste via certains fournisseurs des grands centres. À une époque où la population est encore peu instruite, les charlatans de tout acabit font des affaires d’or !

On attribue alors toutes les maladies à une seule cause : la corruption du sang (prétexte aux fameuses saignées). Cela va des scrofules aux écrouelles (inflammation des ganglions), en passant par le chancre (ulcération de la peau), les maux de tête, les coliques, les maux de ventre ou de gorge, le rhume et la diarrhée, et même jusqu’au cancer, l’épilepsie, au choléra et aux menstruations ! Parmi ces remèdes miracle, on relève les sirops, les tisanes, jus et pilules. Pour s’assurer d’une  certaine crédibilité, on cite parfois le témoignage digne de foi d’un lointain juge de paix américain… Comme on croit encore aveuglément tout ce qui s’écrit dans les journaux, on agrémente le tout de témoignages pathétiques qui vantent les vertus du produit.

Dans la région, ces remèdes miraculeux ont laissé des traces dans les journaux. C’est ainsi que dans La Justice du 3 septembre 1902, on fait état du Castoria, un « remède pour les bébés et les enfants. » Agréable au goût, en plus de soulager la fièvre, il détruirait les vers et guérirait la diarrhée, la colique et la constipation.

On ne dédaigne pas non plus les petites leçons moralisatrices: « Le rhumatisme est une invention du méchant esprit pour éprouver l’âme de l’homme qui n’a pas soin de sa santé.» Le portrait ne serait pas complet sans citer quelques témoignages émouvants. Le sommet est atteint par cette réclame du 3 octobre 1902 : « M. Pierre Veilleux, conduit à la dernière extrémité par une affection maligne de l’estomac, et conseillé par les amis de se préparer à la mort, fait usage des célèbres pilules Moro pour les hommes, et se guérit comme par miracle. » Ces remèdes étaient-ils vraiment efficaces ? On ne peut en être certain, mais comme de nos jours, on peut présumer que l’effet « placebo » devait jouer un certain rôle. Comme quoi, non seulement les publicistes d’aujourd’hui n’ont rien inventé, mais tous les moyens sont bons pour vendre sa salade !

Jean-Pierre Bélanger

Photo : Publicités tirées du journal La Parole, 1942. (Coll. SHD)