Le Central Park drummondvillois : le parc Woodyatt

 

Le nom Woodyatt rappelle la mémoire de James Blain Woodyatt, né en 1886 à Brantford en Ontario. Diplômé en génie électrique et à peine âgé de 30 ans, celui-ci est nommé directeur général et membre du Conseil d’administration de la Southern Canada Power (SCP), propriétaire du complexe hydroélectrique de la ville, pour qui il travaille depuis 1913.

Parallèlement à ses efforts de mise en valeur de la centrale Hemming, Woodyatt envisage de transformer en un parc public une partie du vaste terrain détenu par la compagnie. D’abord envisagé sur les berges de la rivière Saint-François entre le pont Curé-Marchand et la rue des Forges, la compagnie d’électricité opte finalement pour l’aménagement des berges entre ce même pont et la rue Saint-Georges. Après quelques travaux, dont l’enfouissement des déchets s’entassant depuis des décennies au bas du Manoir Drummond, le parc est ouvert au public en 1930, lequel le désigne dès lors sous le nom de « Parc Woodyatt ». La SCP favorise alors l’installation d’équipements sportifs tels que deux courts de tennis et un jeu de croquet qui viennent s’ajouter à la patinoire « en bas de chez Schaefer » en place depuis 1925, et ce afin d’offrir des activités récréatives aux cadres des industries nouvellement implantés à Drummondville.

En 1939, des fonctionnaires municipaux élaborent un important plan de transformation du parc. En plus de l’ajout de nombreux équipements sportifs, les îles seraient reliées entre elles par sept barrages munis de ponceaux et de filtres afin de créer deux bains publics naturels, un pour les hommes et un pour les femmes. Les croquis prévoient également dix courts de tennis, trois nouveaux terrains de croquet, un jeu de boulingrin, un gymnase en plein air, une fontaine et un kiosque pour les concerts. Le début de la Deuxième Guerre mondiale, en septembre 1939, met toutefois fin à cet ambitieux projet.

Au cours des années 1950, des paysagistes engagés par la SCP envisagent à nouveau une refonte complète de ce jardin boisé. La compagnie prévoit l’installation d’une piscine, de courts de tennis et d’un immense terrain de boulingrin. Un kiosque, un restaurant et plusieurs stationnements viennent également s’ajouter aux nouvelles commodités. Les plans laissent également entrevoir la création de nombreux sentiers pédestres parcourant le parc, mais également toutes les îles parsemant la rivière. Ces croquis ne verront toutefois jamais le jour et resteront sur la table à dessin.

En 1960, la SCP cède le parc à la Ville de Drummondville moyennant une somme de 5$ par année, pour une période de 90 ans. La SCP ayant intégré Hydro-Québec en 1963, le bail est remplacé par un acte de vente d’un montant de 37 683,75$ en 1967. Dès la prise de possession du parc en 1960, la Ville y fait aménager une piscine ainsi que deux courts de tennis qui deviennent accessibles lors de l’été 1961. Avec le temps viendront s’y ajouter diverses infrastructures, dont un pavillon et de solides ponceaux reliant les îles en 1967, ainsi que des sentiers de patinage en 1982. La même année, le Festival mondial de folklore de Drummondville fait ses débuts, transportant la municipalité au sein de cultures provenant des quatre coins du globe.

En décembre 1982, le promoteur Yvon Boudreault présente un projet de glissades d’eau à la Ville. Mises en service en mai 1983, les installations profitant de la forte dénivellation dans la partie ouest du parc sont la responsabilité de la compagnie Village des eaux et des neiges qui loue le terrain auprès de la Ville. L’entreprise fait toutefois faillite quelques années plus tard et est reprise par Jacques Martel qui la renomme Super glissade Woodyatt en 1987. Celle-ci connaît toutefois son lot de problèmes alors qu’elle éprouve de la difficulté à trouver une compagnie d’assurance voulant couvrir ce genre d’activité, en plus de ne pas s’acquitter de ses taxes auprès de la municipalité. Les infrastructures sont à nouveau mises en vente en 1989, puis la Ville décide de résilier le bail en 1992 et de mettre fin aux activités des glissades qui seront démolies peu de temps après.

Dans le cadre du 200e anniversaire de la ville en 2015, la municipalité entreprend d’importants travaux au coût de 3,3 millions de dollars afin de moderniser et d’améliorer l’accessibilité du parc. Des jeux d’eau représentant des arbres courbés par le vent ainsi que des parasols permanents sont installés, alors qu’un amphithéâtre vert est aménagé pour ceinturer la place centrale.

Gabriel Cormier

Visuel : Parc Woodyatt, Drummondville, vers 1955.

Source : Société d’histoire de Drummond, Collection régionale ; IC-3.1E9