La maison Watts

Député à l’Assemblée législative et maire de Drummondville, William John Watts construit au cœur de la basse ville, en 1881, la résidence qui accueillera sa nouvelle épouse Mary Louisa. Le couple a choisi une maison vernaculaire, dite québécoise, bien adaptée à la froidure des hivers canadiens par ses fondations creusées et le carré surhaussé. Sur le flanc occidental de la maison, il a aménagé un jardin entouré d’une haute palissade.

Petit incident de 1898
« Le jardinier qui prenait soin du domaine, s’apercevait que les pommes disparaissaient bien vite; alors pour reconnaître les mécréants qui venaient les voler, il imagina d’arroser les pommiers avec une solution d’un vomitif, et, le lendemain, il pourrait identifier les voleurs. Le village n’était alors qu’une petite agglomération de gens qui tous se connaissaient entre eux.

Mais M. Watts avait un jeune fils d’une douzaine d’années appelé Bob, et qui fréquentait l’école avec les garçons du village. Bob avertit donc ses amis de bien laver les pommes quand ils viendraient en voler, pour éviter d’être malades et démasqués. Et c’est ainsi que le jardinier ne put identifier les voleurs de pommes, malgré sa grande ingéniosité. » Extrait tiré du livre Drummondville 150 ans de vie quotidienne au cœur du Québec, d’Ernestine Charland-Rajotte.

De 1917 à 1922, la maison est habitée par la famille du Dr Ambroise Béliveau. Outre la médecine générale, le Dr Béliveau pratique la chirurgie et l’anesthésie. Sur l’invitation du curé Frédéric Tétreau, il est arrivé en 1910 à Drummondville pour y fonder l’hôpital Sainte-Croix. À la famille Béliveau succède la famille d’Yvonne Lupien et d’Arthur Pinard. Avec son frère Ernest, Arthur a fait l’acquisition de l’épicerie Montplaisir avant de s’engager, en 1927, dans la vente de véhicules de marques Ford et Chrysler. Les douze enfants quitteront un à un la maison familiale mais Arthur et Yvonne l’habiteront jusqu’à leurs décès survenus respectivement en 1968 et en 1977. Gisèle Ally et son mari Albert Archambault quittent Des Plaines (Illinois), en 1977, apportant de nombreux meubles et objets anciens achetés chez les antiquaires ou lors de vide-greniers. Deux décennies durant, la maison Watts abritera une vaste collection d’antiquités, fruit d’une patiente recherche et d’un goût raffiné.

Quelques jours avant le nouveau millénaire, la vénérable maison passe aux mains de Line Vaillancourt et de Ludovic Meunier, deux amoureux de l’architecture ancienne. Après quelques mois de restauration minutieuse, ils en ouvrent les portes au grand public. Ils seront nombreux à franchir le seuil, entraînés par la curiosité, mais aussi par les effluves du pain, des croissants et des gâteaux cuits sur place.

La pâtisserie Ludovic demeure une des belles propriétés de l’arrondissement historique de Drummondville, malgré les constructions importantes qui ont été érigées dans son pourtour.

Yolande Allard

 

Légende : Maison Watts, située au coin des rues Heriot et Loring. (Coll. SHD)