Drummondville au cœur d’un réseau ferroviaire

Au XIXe siècle, la locomotive s’impose comme symbole prédominant de l’industrialisation moderne. Les chemins de fer permettent à plusieurs villes et villages de voir le jour et de prospérer. À Drummondville, ce moyen de transport est l’un des éléments clés du développement de la ville. Certes, il est souvent question de l’apport des industries tel que la AEtna Chemical (1915-1919) ou la Canadian Celanese (1926-2000), mais ces compagnies se seraient-elles établies ici si elles n’avaient pas pu accéder aux marchés par la voie des chemins de fer ?

Les premiers chemins de fer dans la région
Tout commence près de Kingsey Falls, dès 1826, alors qu’un dénommé James Georges est l’un des premiers de la région à construire un chemin de fer. Souhaitant transporter son bois à la rivière pour en faire le flottage, celle-ci étant située 6 kilomètres plus loin, il utilise des chevaux pour traîner sa cargaison sur des rails. Jusque dans les années 1870, il n’y a toujours pas de circuit ferroviaire dans la région permettant le transport sur de longues distances. Le bois du moulin de John Valentine Cooke doit donc également être expédié via les cours d’eau jusqu’au port de Québec avant d’être finalement livré en Europe. Ce moyen de transport étant possible seulement une partie de l’année, le chemin de fer se révèle être un moyen efficace pour briser l’isolement commercial et social qu’engendre généralement la saison hivernale.

Le Richelieu, Drummond and Arthabaska Counties Railway
Il faut attendre le tout début des années 1870 pour qu’une ligne officielle soit construite à Drummondville. Elle sera la première d’une série de circuits reliant toujours plus la région drummondvilloise au reste du monde. Celle-ci est connue sous le nom du Richelieu, Drummond and Arthabaska Counties Railway (RDACR) et permet de connecter Drummondville à Sorel, donnant ainsi un accès au fleuve Saint-Laurent en toutes saisons. Cette ligne offre aussi à la population de se rendre aisément à L’Avenir. Très rapidement, la RDACR s’étend jusqu’au comté de Sutton dans les Cantons-de-l’Est grâce à sa fusion avec la South Eastern Counties Junction Railway donnant naissance à la South Eastern Railway. À l’instar de plusieurs autres réseaux ferroviaires, cette dernière est intégrée au Canadian Pacific Railway vers 1887, soit le vaste circuit du projet d’unification canadienne « d’un océan à l’autre » du premier ministre Sir John A Macdonald. Cette nouvelle connexion assure à Drummondville un accès aux marchés de l’Ouest canadien d’une importance cruciale pour surmonter les difficultés économiques survenues quelques années plus tôt en raison des traités économiques entre le Canada et les États-Unis.

Du Drummond County Railway au Canadian National Railway
En 1886, le Drummond County Railway (DCR) démarre sa construction et permet de relier Drummondville, Saint-Léonard et Nicolet au réseau du Grand Tronc par un embranchement situé près de Saint-Hyacinthe. Cette nouvelle ligne ferroviaire donne ainsi à la région un accès aux États-Unis en passant par Montréal. Le commerce du bois étant le but principal de ce chemin de fer, il n’est pas étonnant de retrouver trois commerçants de bois de Durham parmi les principaux actionnaires, soit William Mitchell, Charles Church et Thomas Fee. Ce chemin de fer dessert également les scieries Cooke et Vassal, la fonderie McDougall ainsi qu’une tannerie d’écorces de pruche. Considérant que plus de la moitié des fonds ayant servi à la construction de cette ligne fut financé par divers paliers de gouvernement, le Drummond County Railway rejoint la ligne fédérale de l’Intercolonial vers 1899, ce qui nous ouvre l’accès aux provinces maritimes. Toujours dans un mouvement d’unification des chemins de fer, l’Intercolonial est à son tour intégré à un plus grand circuit, soit le Canadian National Railway (CNR) en 1919.

L’histoire va de bon train
Le réseau ferroviaire de la région en a fait du chemin depuis ses premiers rails. Ce dernier sera d’ailleurs au cœur du développement industriel qui s’amorcera à Drummondville au tournant des années 1920. Les circuits s’étendent et se connectent à des réseaux toujours plus vastes, amenant ainsi la ville à s’ouvrir à de nouveaux horizons et à de nouvelles opportunités.

Kévin Lampron-Drolet

Visuel : Foule attendant le train à la gare de Wickham, desservi par la Canadien Pacifique sous l’œil bienveillant du chef de gare James Timmons, vers 1910.
Source : Société d’histoire de Drummond, Collection régionale ; IC-9.4-3