Petite ville – petits délits?

À toutes les époques et dans toutes les sociétés, il est courant d’observer un nombre plus ou moins grand de crimes et de délits, commis par des gens mal intentionnés ou parfois réduits à l’indigence par la situation économique.  Ce contexte explique peut-être en partie les petits méfaits commis à Drummondville (12 000 habitants en 1931) à l’époque de la crise économique des années 1930.  En voici quelques exemples rapportés dans l’hebdomadaire La Parole.

Un jeune homme qui était sur le point de se marier a été condamné en avril 1929 à trois mois de prison après avoir été surpris en train de voler des poules.  On le soupçonnait depuis longtemps d’être l’auteur de vols considérables de poules dont étaient victimes les cultivateurs de Saint-Germain et de Drummondville.

Un résident d’Henrivassal (Sainte-Thérèse) entreprit toute une expédition en 1932 : il commença par voler un cheval dans le 5e rang et une voiture hippomobile à Drummondville.  Ainsi équipé, il était parti à l’aventure avec sa femme et ses sept enfants avant d’être arrêté à Beauceville, à plus de 200 km de son point de départ.

Un individu du village Saint-Joseph qui avait battu une vache au point de lui casser une patte et une corne fut condamné en octobre 1932 à payer une amende de 15$ en plus des frais de cour (qui dépassaient souvent l’amende).  Notons qu’à l’époque le salaire hebdomadaire était d’environ 15$ à Drummondville.

L’hebdomadaire local rapporte divers petits délits dans les années 1930 comme du vandalisme aux dépens des fleurs et arbres d’ornement, des panneaux de circulation, des vitres d’usine.  Des gens sans scrupule rôdaient pendant la nuit et volaient des légumes dans les jardins, des vêtements sur les cordes à linge, de la monnaie dans les pintes de lait (on les laissait entre les deux portes de la maison avec l’argent nécessaire pour payer le livreur).

Le journal dénonçait régulièrement une pratique qui était devenue une véritable épidémie à Drummondville dans les années 1930, alors que les citadins sillonnaient la campagne pour voler des légumes, des volailles, des moutons, du bois de chauffage dans le but de faire des provisions pour l’hiver à peu de frais.  Les voleurs ne manquaient pas d’audace, comme le constata Albéric Lacharité de Wickham en juillet 1939 : ils s’étaient introduits dans l’enclos, avaient tué sa plus belle vache et avaient pris le temps de la dépecer sur place avant de déguerpir avec les quartiers de viande.

Malgré tout, les autorités ne semblaient pas s’inquiéter du niveau de la criminalité, sauf après la guerre de 1939-1945, alors que la police avait peine à contenir une vague de délinquance sans précédent, situation qui résultait de la grande liberté laissée aux enfants par des parents très occupés à travailler pour la production de guerre.

Jean Thibault

 

VISUELS : À droite, le Bureau d’enregistrement qui abrite le palais de justice jusqu’à sa démolition en 1958. (Collection Simon Beauregard)