Lou Brouillard, le cogneur de Saint-Eugène

Boston, 23 octobre 1931. La foule du Garden est en liesse. Les quelque 19 000 amateurs de boxe entassés dans le mythique amphithéâtre bostonnais sont debout sur leur siège et scandent sans arrêt le nom du nouveau champion du monde des poids mi-moyens dans un français approximatif : Brouillard-Brouillard-Brouillard! Lucien «Lou» Brouillard se tient au centre de l’arène aux côtés des officiels et de son entraîneur, les bras pointant vers le ciel. Le jeune boxeur natif de Saint-Eugène-de-Grantham vient tout juste d’être déclaré vainqueur du combat l’opposant à Jack Thompson et devient ainsi le deuxième boxeur québécois à décrocher un titre mondial. L’événement ne passe pas inaperçu dans la région.

Né à Saint-Eugène le 23 mai 1911, Lucien Brouillard émigre aux États-Unis en 1917, où il amorce sa carrière de pugiliste. Après une trentaine de combats livrés chez les amateurs, il passe chez les professionnels, en 1928, et enregistre une série de victoires convaincantes qui lui permet d’accéder à un premier combat de championnat. Ainsi, le 23 octobre 1931, il défait le titulaire de la ceinture des mi-moyens Jack Thompson en 15 rondes. Grand favori de la foule en raison de son style combatif, Brouillard domine complètement son adversaire l’envoyant au tapis à quatre reprises avant d’être sacré champion. L’avenir du fils de Saint-Eugène dans le monde de la  boxe semble alors assuré, mais dès la première défense de son titre, en janvier 1932, Lou est défait par Jackie Fields.

En 1933, Brouillard ajuste le tir et vient à bout de Mickey Walker, une légende de la boxe en fin de parcours. Cette victoire lui procure un succès instantané et lui mérite une chance au titre des poids moyens, alors détenu par Ben Jeby. Ainsi, le 9 août 1933, au Polo Grounds de New-York, Lucien écrit une petite page d’histoire en décrochant un deuxième titre mondial. Cependant, malgré sa réputation de grand cogneur, le nouveau champion encaisse un revers décisif contre le vétéran Vince Dundee deux mois plus tard. Convaincu qu’il a encore la flamme, Lou continue de boxer durant quelques années, mais une série de défaites le persuade de remiser ses gants en 1940.

Lucien dit «Lou» Brouillard  termine sa carrière avec un palmarès impressionnant de 109 victoires, dont 68 avant la limite, 29 défaites et 3 verdicts nuls. Sa feuille de route exceptionnelle lui vaut d’ailleurs d’être intronisé au Panthéon des sports canadiens (1955), au Temple de la renommée des sports du Canada (1956), au World Boxing Hall of Fame (2000) et au Temple de la renommée de la boxe (2006).