Machine à papier de la Marlboro, 1963. (SHD, Fonds Pierre Dozois; P184-15050)

Les Papiers Marlboro Inc.

Aujourd’hui occupé par l’entreprise Micro Bird de Girardin, le petit bâtiment du bout de la rue St-Henri, à Drummondville, a une histoire qui relate une vocation bien différente de ses activités actuelles. En effet, une petite papeterie du nom de Papiers Marlboro y sera en opération durant plus de 54 ans, avant de fermer définitivement ses portes en février 2014.

C’est dans un contexte économique plutôt difficile que l’entreprise verra le jour. Un ralentissement important des activités industrielles pousse la Ville à ériger un nouveau parc industriel afin de favoriser la création de plusieurs nouveaux emplois. Le Comité industriel, composé de représentants de la ville (200 citoyens), de la Chambre de Commerce et de la Ligue des Propriétaires, crée alors un fond monétaire d’environ 300 000$ destiné à faciliter le développement et la construction de nouvelles usines. C’est la Marlboro Manufacturing Limitée, une compagnie spécialisée dans la production de papier en tous genres, qui sera l’une des premières à bénéficier de ce vaste programme économique.

La Marlboro s’établit donc sur la rue Saint-Henri en 1959. Propriété d’investisseurs américains et suisses, la compagnie connaît des débuts plutôt modestes et doit faire face à plusieurs écueils. En plus de dommages matériels affectant la structure du bâtiment, plusieurs plaintes et poursuites judiciaires relatives au rejet de déchets toxiques par la cheminée de l’entreprise, les 18 travailleurs de l’usine se mobilisent pour un débrayage de quelques semaines en 1967. L’entreprise est alors contrainte de recourir aux tribunaux pour mettre fin aux lignes de piquetage des grévistes. Malgré tout, la compagnie réussit à stabiliser sa production.

C’est cependant avec l’embauche de madame Réjeanne Ouimet, en 1967, que l’entreprise prend véritablement son envol. Engagée à la base comme comptable pour quelques mois, elle gravit les échelons jusqu’à la direction générale de la compagnie. Inutile de mentionner qu’il est rare à l’époque qu’une femme occupe un poste d’une telle ampleur. À preuve, on ne féminise pas encore officiellement son titre en l’identifiant « directeur général » dans les journaux. Celle qui joue un rôle de premier plan dans la relance de l’entreprise, fait l’acquisition de nouvelles machineries qui améliorent grandement les techniques d’usinage. Sous sa gouverne, l’usine de 31 travailleurs double sa production en moins de 10 ans, en plus de produire quotidiennement plus de 10 000 tonnes de papier toilette, serviettes de table et divers autres produits.