Caricature réalisée par Michel Lauzière et publiée dans le journal La Parole, le 28 janvier 1976. On y aperçoit notamment une représentation du premier ministre provincial de l’époque, Robert Bourassa.

Les fous du roi de l’ère moderne ou l’art de la caricature

Véritable baromètre de l’opinion publique, la caricature reflète et représente, par sa satire, les mœurs et les habitudes des sociétés de toutes les époques. Déjà en 1759, le brigadier général George Townshend s’amusait à caricaturer son supérieur James Wolfe (officier commandant de l’armée britannique lors de la bataille des Plaines d’Abraham) qu’il ne tenait visiblement pas en très haute estime. Il est aujourd’hui connu comme le premier caricaturiste à avoir œuvré au Canada.

Le développement de la presse satirique au XIXe siècle favorise l’émergence du genre caricatural et fait place, au début du XXe siècle, à l’arrivée de la grande presse et des caricaturistes professionnels. Mentionnons ici Henri Julien, premier caricaturiste engagé de façon permanente au Canada, à qui l’on doit notamment la célèbre illustration « Un Patriote de 1837 », repris plus tard comme emblème par le Front de libération du Québec (FLQ) dans la décennie 1960.

À Drummondville, la caricature publicitaire fait son apparition dans les journaux locaux dès le début des années 1930. C’est cependant le deuxième conflit mondial (1939-1945) qui introduit de façon significative la caricature à caractère politique. On l’utilise alors pour soutenir l’effort de guerre et favoriser l’enrôlement de soldats. Comme aucun illustrateur local ne publie ses satires dans les journaux de la région à cette époque, plusieurs éditeurs n’ont d’autres choix que d’acheter les dessins provenant de d’autres journaux. Ainsi, l’hebdomadaire La Parole n’hésite pas à reprendre les œuvres d’Arthur Lemay, caricaturiste du quotidien La Patrie, tandis que du côté anglophone, le journal The Spokesman récupère entre autres les caricatures de John Collins, célèbre illustrateur politique de la Gazette de Montréal.

Dès le début des années 1960, les journaux nationaux embauchent leur propre caricaturiste, rapidement imités par leurs homologues régionaux qui tentent eux aussi l’expérience. L’émergence de caricaturistes drummondvillois comme Lurana Uyeda Bouchard et Michel Lauzière s’inscrit dans cet ère de renouveau. Ils exposent leurs dessins dans les pages du journal La Parole durant la décennie 1970 et comptent parmi les premiers caricaturistes de la région à parodier l’actualité de façon hebdomadaire. Certes, la caricature est encore aujourd’hui très populaire et permet, souvent, d’atténuer le ridicule d’une situation quelque fois déconcertante, voire déroutante. Mais que l’on pense au zoomorphisme du XIXe siècle ou à la caricature à l’ère du numérique, une constante demeure : ce désir certain de réflexion et de dénonciation.