Les Abénaquis dans la région de L’Avenir

Au début du XIXe siècle, les autorités coloniales concèdent à 17 familles abénaquises pas moins de 10 000 arpents dans le canton de Durham aux conditions de s’y établir, de les cultiver et de ne jamais pouvoir les vendre ou louer.  Deux villages naissent de cette concession, dont le plus important est situé à L’Avenir, à l’intersection du 2e Rang et de la route Boisvert.  Il y a près de chaque maison un petit potager surtout consacré à la culture du maïs.  Peu attirés par l’agriculture, les Abénaquis déclinent rapidement.  Le recensement de 1831 indique la présence de 49 fermiers et chasseurs Abénaquis dans le canton de Durham, alors que celui de 1851 en dénombre 26 seulement.

Quelques citoyens de L’Avenir ont signalé la présence, au début du XXe siècle, de deux Métisses dénommées Catherine et Mary-Ann Lawless.  Leur père, John Lawless, était d’origine irlandaise, alors que leur mère, Ann, dont on ne connaît que le prénom, était inscrite à titre d’indienne au recensement de 1871.  Pour assurer leur subsistance, Catherine et Mary-Ann concoctaient des médicaments à partir d’herbe et d’écorce, et fabriquaient des paniers de foin d’odeur et d’autres, plus forts, avec des éclats de frêne.

Si la plupart des Abénaquis émigrent au nord du Saint-Laurent afin de maintenir leur mode de vie traditionnel, ils n’en continuent pas moins de circuler sur la rivière Saint-François pour pêcher et chasser, mais aussi pour se rendre aux États-Unis, chaque été, y vendre les paniers en vannerie de frêne fabriqués pendant l’hiver.  Sur le parcours, ils construisent des cabanes de place en place, que chacun répare à son tour.  Un des relais les plus fréquentés se trouve à l’extrémité de la Longue Pointe ou Bec du Canard ; les Abénaquis s’y reposent avant de poursuivre leur randonnée ou d’entreprendre le portage vers la rivière Nicolet qui coule à moins de quatre milles au nord-est.  Ils désignent l’endroit par KWANAHOMOIK, qui signifie « là où la rivière fait une longue pointe ».

Plusieurs archéologues, professionnels et amateurs, ont témoigné de l’abondance d’artéfacts laissés par des Amérindiens à l’extrémité du Bec du Canard, là où la rivière Saint-François assume un virage de 160o avant de poursuivre sa course en direction N-W.  Sur la photo prise en octobre 2001, Guy Allard (à droite) exhibe une des nombreuses roches de silex identifiées sur le site par Jim Hosking, de Sherbrooke.  La cassure du silex, à arêtes tranchantes, est tout désignée pourla fabrication de pointe de flèche, de lame de couteau et de grattoir.  Selon Hosking, qui a consacré 50 ans de ses loisirs à la recherche d’artéfacts amérindiens dans les Cantons de l’Est, les pierres de silex qui jonchent le sol à l’extrémité du Bec du Canard ont été transportées là par les Amérindiens.

Yolande Allard