Ovide Brouillard, député de Drummond-Arthabaska, 1920. (Société d’histoire de Drummond, Fonds Ovide Brouillard; P189-001)

Le député Ovide Brouillard se lève contre la conscription

La conscription de 1917, promulguée par le gouvernement canadien de Robert Borden, est l’un des événements politiques les plus marquants de l’histoire du Canada et l’un de ceux qui ont le mieux fait état de la division qui règne alors entre les Canadiens anglais et les Canadiens français au pays des deux solitudes. 

Lorsque la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne, le 4 août 1914, toutes les colonies britanniques, dont le Canada, se retrouvent sur le même pied de guerre, propulsées malgré elles dans le premier grand conflit mondial. Au départ, les volontaires sont nombreux, puis les méthodes de recrutement deviennent insuffisantes et les nombreuses pertes subies au front par les Alliés pressent le gouvernement canadien à finalement imposer la conscription, c’est-à-dire le service militaire obligatoire. L’homme d’affaires drummondvillois Ovide Brouillard, élu député fédéral de Drummond-Arthabaska sous la bannière libérale depuis 1911, se positionne alors contre la mesure du gouvernement aux côtés de ses collègues du Parti libéral et de leur chef Wilfrid Laurier.

Ainsi, le 5 juillet 1917, pendant que nos soldats canadiens combattent l’armée allemande dans les tranchées du vieux continent, nos politiciens fédéraux mènent avec acharnement le débat sur le service militaire dans la grande salle de la Chambre des Communes, à Ottawa. La séance bat son plein durant de longues heures et prend les allures d’une assemblée contradictoire. Au petit matin, le député de Drummond-Arthabaska Ovide Brouillard a l’honneur de clore la série de discours qui précèdent la tenue du vote historique sur la conscription. Nous vous présentons ici, chers lecteurs, quelques extraits de cette allocution que nous conservons avec précaution dans notre centre d’archives régional:

«Nul doute que le premier ministre du Canada réalise aujourd’hui jusqu’à quel point, l’autocratie de sa mesure est inopportune. Nous sommes menacés d’un malheur qui, au point de vue canadien, sera irréparable. La guerre civile est à nos portes […]»

«Pourquoi le Gouvernement s’entête-t-il? Est-ce pour racheter une imprudente parole de fournir cinq cent mille hommes? Ce serait simplement trahir un devoir national, au bénéfice d’une orgueilleuse satisfaction personnelle. Est-ce, comme on l’a affirmé, pour mieux atteindre la province de Québec ? Ce serait particulièrement odieux et infâme; Québec connaît son devoir, et n’a pas besoin de personne pour le lui dicter […]»

«J’invite le Gouvernement à bien reconsidérer la portée de son acte. C’est une mesure extrême et d’extrémiste. Les hommes d’État doivent savoir se tenir dans un juste milieu. La modération seule, et l’appel aux bons sentiments de la nation, de toute la nation, produiront des résultats désirables.»

Au lendemain de cette séance mouvementée, les députés de la Chambre des Communes adoptent finalement la motion du gouvernement. La Loi du service militaire entre en vigueur le 29 août 1917 et est mise en application à la mi-octobre. Environ 48 000 conscrits sont par la suite envoyés outre-mer et la moitié d’entre eux serviront au front.