C’est aux étages du restaurant Taft qu’Alvina G. et René B. tiennent une maison de chambre en 1939. (SHD, Fonds Gaétan Girard ; P77, D6, P4)

Le bordel et le maire

 

Grâce à l’étude des archives judiciaires et des journaux d’époque, il s’avère souvent possible de reconstituer d’étonnantes histoires s’étant déroulées à Drummondville. Par exemple, lors d’une séance du conseil de Ville de Drummondville le 27 juin 1939, le maire Arthur Rajotte accuse son chef de police, Joseph Moquin, « de ne pas faire respecter la morale dans la ville ». La raison de cet euphémisme ? Le maire reproche à Moquin de ne pas être intervenu auprès d’une maison close exploitée aux étages du restaurant Taft, situé au 496 rue Lindsay. L’établissement suspect est tenu par René B. et Alvina G. qui louent des chambres à d’honnêtes travailleurs, mais qui tolèrent également la présence de femmes de petite vertu. Le maire Rajotte somme son chef de se présenter à une enquête publique concernant cette affaire, mais Moquin choisit plutôt de démissionner.

Moquin est rapidement remplacé par Anthime Simard, un policier sans grande expérience. Ce dernier effectue, dans la soirée du 11 novembre 1939, une descente au 496 rue Lindsay. La police arrête tous les gens sur place dont Alvina, sa fille, René et son frère. Tous sont ensuite relâchés après interrogatoire.

René et Alvina, ne voulant pas se faire poursuivre, consultent alors l’avocat Antoine Biron. Celui-ci réalise que le chef Simard les a arrêtés illégalement, car il ne détenait pas de mandat. Biron leur propose de conclure un marché avec la Ville. Les autorités municipales, ayant vite compris l’erreur commise par le chef de police Simard, signent rapidement une entente selon laquelle chacune des parties s’engage à ne pas poursuivre l’autre.

Malgré tout, la nouvelle de la descente se répand dans toute la ville et plus personne n’ose louer de chambres auprès de René et Alvina, poussant ces derniers à la ruine. Croyant avoir été mal conseillés par Biron, ils mandatent un autre avocat, Roger Séguin, pour réclamer des dommages auprès de la Ville en leur nom et au nom de la fille d’Alvina et du frère de René.

En février 1941, le juge condamne la Ville, représentée par l’avocat Jos Marier, à payer des dommages à la hauteur de 50 $ à la fille d’Alvina et au frère de René. Alvina et René n’obtiennent, quant à eux, aucune compensation, ayant renoncé à leur droit de poursuite dans l’entente. Finalement, cette affaire bâclée aura coûté plus de 900 $ en frais juridique à la Ville, incitant l’inexpérimenté Anthime Simard à démissionner à son tour quelques semaines plus tard.

 

Cette histoire est tirée du livre « Jos Marier : l’homme qui donnait un coup de pouce à la Providence - Tome II » à paraître le 28 septembre 2018. Celui-ci est en vente à la Société d’histoire de Drummond au coût de 25$.