La soie naturelle de la Louis Roessel & Company (1924-1954)

 

Dans l’hebdomadaire L’Avenir du Nord, édition du vendredi 15 août 1924, on annonce la construction à Drummondville du premier de cinq édifices dont se composera le complexe industriel de la Louis Roessel & Company, une entreprise américaine spécialisée dans la fabrication de tissus de soie naturelle. L’investissement prévu s’élève à 2.5 M$ et promet l’embauche à terme d’environ 700 personnes.

Dans les faits, le manufacturier ne fera construire qu’un seul bâtiment et n’emploiera au maximum que 150 travailleurs : un projet plus modeste, certes, qui connaîtra néanmoins du succès durant les décennies 1930-1940 et participera de belle façon au développement économique de la région. Les travaux de construction de la manufacture de quatre étages débutent donc au courant de l’été 1924 et se terminent à l’automne de la même année. La production des soieries haut de gamme et des satins s’enclenche ensuite au début du mois de septembre, sous la supervision du gérant général Norman G. Glattfelter, et offre du travail à une centaine d’ouvriers. Plus tard, l’administration de l’usine sera confiée à Albert Fulhaber, puis à Léonard Labonté.

En 1936, l’entreprise fait aménager pour ses employés et leurs familles un terrain de jeu sur sa propriété et un losange de balle-molle pour les porte-étendards de la manufacture. La relation entre les travailleurs et les patrons semble alors cordiale. Les conventions collectives sont renouvelées à terme et aucun conflit de travail ne vient ralentir la production de l’usine. Néanmoins, l’Association des employés de la Louis Roessel de Drummondville inc. voit le jour le 30 juillet 1943, à la demande des ouvriers, qui souhaitent s’organiser en syndicat afin de sauvegarder plus efficacement leurs acquis et d’améliorer, si possible, leurs conditions de travail. À peine un mois plus tard, ils obtiennent une semaine de vacances payées et un boni de vie de 2,20$ par semaine. En 1946, une patinoire fait même son apparition sur le terrain de l’usine. Après la guerre, toutefois, la situation financière de l’entreprise se fragilise et une centaine d’employés sont remerciés. Puis, à la fin du mois d’avril 1954, en raison de la baisse extrême des prix du textile et de la diminution incessante des commandes, les autorités de la Louis Roessel annoncent la fermeture de son usine de Drummondville. Le 7 mai, les 45 ouvriers encore à l’emploi de la compagnie sont finalement mis à pied. Le bâtiment est mis en vente peu après et la Ville de Drummondville se propose de l’acheter.

En janvier 1955, l’achat de la propriété de la compagnie Louis Roessel, immeuble et terrain, au coût de 130 000$ reçoit l’approbation du ministère des Affaires municipales et l’entente est signée peu après. Le bâtiment ne reste toutefois pas inoccupé bien longtemps, puisqu’à peine deux mois plus tard, la compagnie américaine Rayflex – spécialisée dans la fabrication de tissus élastiques – occupe les quatre planchers de l’édifice à titre de locataire. Le bail est renouvelé pour trois ans en janvier 1957, mais la Canadian Celanese fait l’acquisition de Rayflex en avril et occupe à son tour les anciennes installations de la Louis Roessel durant quelques années. Restauré depuis dans le plus grand respect des caractéristiques architecturales d’origine, le bâtiment presque centenaire abrite aujourd’hui les locaux de nombreux professionnels, notamment ceux de la Clinique dentaire Ste-Croix et de la clinique de Physiothérapie St-François, ainsi que du Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) de Drummondville.

Visuel : La manufacture de soie naturelle Louis Roessel & Company, Drummondville, vers 1940.

Source : Société d’histoire de Drummond, Collection régionale ; C1-2.4A38