Photographie illustrant le presbytère et l’église de Saint-Lucien, Saint-Lucien, construite en 1905. (Société d’histoire de Drummond, Collection régionale ; IC-2.3e92.)

La peur comme invitée

 

6 Septembre 1931, la ville de Drummondville retient son souffle. Le soleil ne se montre guère et la température se refroidit. L’été laisse tranquillement place à l’automne. Même si la saison des couleurs arrive à grand pas avec sa beauté poétique, Drummondville n’a pas l’âme à s’éblouir. Ses habitants et elle restent ternes et silencieux. Les volets demeurent fermés et la gaieté des résidents laisse place à une odeur de peur.

En effet, il y a peu, les Drummondvillois ont eu vent qu’une maison, dans le 7ième rang de Saint-Lucien, était à l’origine de plusieurs bruits étranges. On racontait que cette cacophonie était tellement horrible que les plus braves devenaient aussi blancs que les morts. L’enfer, disait-on, avait pris place dans cette maison.

Cette lourde ambiance ne laissait personne indifférent. Un groupe de courageux, ou naïf, fiers à bras de Drummondville décide, le jeudi 10 septembre, de se payer une visite chez ces êtres d’outre-tombe. Lumières portatives, révolvers et cartouches étaient bien inefficaces face à ce qu’ils allaient affronter. L’un des chefs de la bande eut plus de jugeote que ses confrères, apportant avec lui de l’eau bénite.

Quand tous les préparatifs furent terminés, c’est un véritable cortège qui se rendit à cette maison. Ce qui accueillit ses gens fut un décor bien lugubre. L’orage grondait derrière la modeste maison. Une pluie glaciale mouillait les braves jusqu’aux os.

Ils mirent une voiture à l’avant de la maison et s’éclairèrent avec les phares. Ils s’avancèrent lentement vers la demeure des revenants et dirent : « Y a-t-il quelqu’un icite ? » Tout à coup, un bruit de cauchemar sortant de l’informe Némésis que sont les ténèbres! Le hurlement d’un molosse venant droit de l’enfer se fit entendre. La petite armée se dispersa rapidement et des coups de feu se firent entendre. Certains étaient sur le point de perdre la raison.

Quand le calme revint, des gens furent envoyés chez les voisins pour en apprendre davantage sur cette demeure. Un voisin les informa que cette maison était habitée par un certain cultivateur, et qu’il n’avait jamais entendu parler de maison hantée. Les chasseurs de revenants revinrent chez eux et répondirent par monosyllabes à ceux qui s’informèrent de cette chasse. Cette histoire bien particulière eut sa place dans l’édition du jeudi 17 septembre 1931 du journal La Parole.

Il reste que ce pauvre cultivateur a eu la peur comme invitée cette nuit-là…