La nationalisation de l’Hôpital Sainte-Croix

Entre 1960 et 1971, le gouvernement du Québec a suivi l’exemple d’autres provinces canadiennes en votant une série de mesures législatives qui, en rendant universelle la gratuité des soins de santé, constituaient un des éléments centraux de la Révolution tranquille. À travers le Québec, ces réformes ont notamment eu pour effet d’enclencher le processus de laïcisation et de nationalisation de plusieurs hôpitaux. Ce fut le cas pour l’Hôpital Sainte-Croix, qui fut acquis, en 1973, par le ministère des Affaires sociales du Québec.

Depuis 1910, cet hôpital avait cependant été fondé et administré par des sœurs grises qui étaient venues de Nicolet. Or, à partir des années soixante, le gouvernement provincial s’est immiscé de manière croissante dans la gestion des hôpitaux. D’abord, avec la Loi de l’assurance-hospitalisation de 1960, il a imposé des normes budgétaires qui obligeaient l’approbation de chaque dépense et qui visaient à éviter la montée en flèche des coûts liés au système de santé. Ensuite, avec la Loi des hôpitaux de 1962, il a réagi au scandale de mauvaise gestion à l’Hôpital Jean-Talon de Montréal en imposant aux établissements hospitaliers la présence de médecins au sein de leur conseil d’administration. Finalement, en 1971, avec la création de la Régie de l’assurance-maladie, il a mis en minorité les communautés religieuses au sein des conseils d’administration et a soumis le développement des centres hospitaliers à des plans établis à l’échelle provinciale.

Pour les religieuses de l’Hôpital Sainte-Croix, l’implication de l’État dans la gestion hospitalière s’est avérée problématique. D’une part, elle les a éloignés du processus administratif, et d’autre part, elle ne les a pas dégagés légalement des responsabilités financières qui consistaient à supporter, pour l’hôpital, un déficit de 521 966 $, accumulé entre 1961 et 1970. Relayées à des fonctions subalternes et aux prises avec une situation financière intenable, c’est ainsi que les sœurs grises ont estimé, en 1973, que la vente de l’Hôpital Sainte-Croix constituait la meilleure option.

Jean-Pierre Marcotte

Photo : Premières pelletées de terre inaugurant la construction du troisième hôpital de Drummondville, le 24 avril 1947 (Coll. SHD)