Il y a cinquante ans : un attentat felquiste à Drummondville

Le 8 mars 1963, trois casernes de l’Armée canadienne, basées à Montréal, sont attaquées simultanément à coups de bombes incendiaires. Sur les murs, à proximité des bâtiments ravagés par les flammes, les vandales laissent une signature peinte en lettres rouges: FLQ. L’entrée en scène est spectaculaire. Les médias s’empressent d’ailleurs de rendre l’affaire publique et diffusent, le 16 avril suivant, un premier manifeste felquiste revendiquant le triple attentat. Dans la mémoire collective, c’est l’acte de naissance du Front de Libération du Québec (FLQ).

Dans ce bref communiqué, le FLQ se présente comme un mouvement révolutionnaire composé de volontaires prêts à mourir pour l’indépendance du Québec. Il annonce également qu’il aura pour cibles principales, dans ses opérations de sabotage, tous les symboles et les institutions coloniales, y compris les usines exerçant de la discrimination envers les ouvriers francophones. Entre 1963 et 1970, les felquistes multiplient les actions: vandalisme, vols d’armes et d’équipement militaire, braquages de banques et attentats à la bombe, au nom de l’indépendance, mais également en appui à la cause ouvrière. Ces sept années de violence font neuf morts et des dizaines de blessés. L’enlèvement de deux hommes politiques, en octobre 1970, mène à la Crise d’octobre, puis à la proclamation de la Loi sur les mesures de guerre, à la suspension des droits et libertés et à l’arrestation arbitraire de plus de 500 personnes. Il s’agit de l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire du Québec moderne et Drummondville n’a pas échappé à ce torrent de violence.

En 1964, dans la nuit précédant la fête du Canada, trois vandales disant appartenir aux «commandos révolutionnaires du Québec» sont appréhendés pour méfaits. Ils sont accusés d’avoir déposé un paquet représentant une bombe au bureau de poste et d’avoir peint des slogans séparatistes au stade de baseball et à la Légion canadienne. La nouvelle est publiée dans La Parole, sans trop d’éclat ni mention au sujet du FLQ. En mars 1966, dans les filatures de la Dominion Textile, les travailleurs affiliés à la CSN déclarent la grève. Deux mois plus tard, le conflit perdure toujours et les négociations piétinent. Dans la nuit du 21 au 22 mai, une bombe déposée à l’usine drummondvilloise fait exploser un réservoir d’air comprimé et, du même coup, voler en éclat une centaine de carreaux sous la puissance du choc. Heureusement, les ouvriers étant en grève, l’usine est vide au moment de l’explosion et l’incident ne fait aucune victime. Au petit matin, le réservoir d’air est inspecté. Selon l’expert, l’explosion n’est pas due à une défectuosité mécanique…il provient plutôt d’une cause extérieure, d’origine «inconnue».

Si dans les pages du journal La Parole, du 25 mai, l’on se fait discret sur les motifs de l’explosion, ailleurs au Québec, les journalistes – dont le spécialiste Louis Fournier – attribuent rapidement l’attentat de Drummondville au Front de Libération du Québec.