« Halte-là, tous les grévistes sont là! » : Grève à la Drummondville Cotton

À l’été 1937, les séquelles de la crise économique de 1930 sont encore bien présentes au Québec. Le chômage demeure élevé et l’économie tarde à se redresser. À l’instar de plusieurs secteurs manufacturiers, l’industrie du textile fait les frais de ce marasme économique. Plus encore, les conclusions de la Commission royale d’enquête sur l’industrie du textile de 1936 (Commission Turgeon) jettent le voile sur l’exploitation dont sont victimes les hommes et les femmes de ce secteur d’activités, en plus de mettre en lumière des conditions de travail lamentables. La Dominion Textile, qui contrôle alors les deux tiers de l’industrie du coton au Canada, en fait particulièrement l’objet.

Suite à cette Commission, la Confédération des Travailleurs Catholiques du Canada, en collaboration avec la Fédération catholique nationale du textile, expose clairement les griefs de leurs membres et tente de mettre la table en vue de la prochaine convention collective. Rapidement, les négociations se retrouvent dans un cul-de-sac et les représentants syndicaux soupçonnent la collusion entre le gouvernement et la Dominion Textile. Devant l’impasse des négociations, des votes de grèves s’organisent dans toutes les succursales de la Dominion Textile du Québec. À Drummondville, le vote de la Drummondville Cotton, se tient le 21 juillet. Dans l’ensemble de la province, c’est à plus de 95% que les syndiqués se positionnent en faveur de la grève, si bien que le 2 août, ils sont plus de 10 000 tisserands à débrayer. Ils revendiquent principalement la reconnaissance officielle de la Fédération nationale catholique du textile, la conclusion d’un contrat collectif, en plus d’une diminution des heures de travail (de 60 à 50 heures par semaine) et d’une augmentation de leur salaire qui est alors de 15$ par semaine.

Bien que le premier ministre de l’époque, Maurice Duplessis, clame haut et fort que « la grève dans l’industrie du textile est malheureuse et sans justification », les ouvriers se battent pendant près d’un mois. Les lignes de piquetage se succèdent tout le mois d’août devant la manufacture du 575 des Écoles, empêchant ainsi les briseurs de grève d’entrer. Une manifestation d’envergure a lieu le 23 août et regroupe plus de 1000 personnes. C’est sous les slogans comme « Halte-là, tous les grévistes sont là », « On va gagner nos épaulettes » et « En avant marchons » que se déroulent les démonstrations de sympathie dans les rues de Drummondville.

Un compromis est finalement établi le 27 août sous promesse de négocier une convention collective dans les cinq mois. Le lundi suivant, les tisserands retournent au travail. L’entente est finalement signée le 13 décembre de la même année. Suivant celle-ci, les gains des ouvriers se résument à une diminution de cinq heures de travail par semaine pour les équipes de jour, une majoration rétroactive de 5% sur les salaires, ainsi que l’arrêt des machines pendant les heures de repas. À peine un an plus tard, tout est à refaire lorsque la Dominion Textile refuse de renouveler la convention collective.