Église Saint-Frédéric de Drummondville. On peut s’imaginer que quelques jours avant l’élection partielle du 7 novembre 1829, les habitants de la colonie s’y sont rassemblés pour discuter des candidatures de Evans et de Heriot. (Société d’histoire de Drummond, Collection régionale; C1-2.3E403)

Francis A. Evans brigue les suffrages contre Frederick George Heriot

À la subdivision de la circonscription de Buckingham, en 1829, le comté de Drummond est officiellement créé et l’élection partielle en vue de lui nommer un représentant au Parlement provincial a lieu le 7 novembre suivant. Frederick George Heriot, le fondateur de la colonie, semble alors être la personne toute désignée pour occuper cette fonction prestigieuse. Et en regard de sa forte réputation, tout semble indiquer qu’il sera élu sans opposition. Mais il n’en est rien. Lors de cette première consultation populaire, le réformiste Francis Armstrong Evans brigue également les suffrages, ce qui laisse croire que tout n’était pas parfait sous le règne du lieutenant-colonel Heriot et qu’il y avait bel et bien des insatisfaits au sein de la petite bourgade.

Francis A. Evans est originaire de Roscrea, en Irlande. Né dans une respectable famille protestante, il étudie le Droit et sert comme lieutenant dans la milice de Galway. En vue d’améliorer sa condition, il émigre au Bas-Canada vers 1816 et s’établit dans la colonie de la rivière Saint-François. Durant les premières années, comme tous les autres colons, il s’affaire à défricher sa terre, un lot de 100 acres, située dans le canton de Wendover. Cependant, le sol que lui offre la Couronne s’avère marécageux et ses chances d’y faire pousser quoi que ce soit semblent improbables. Evans troque donc la pioche et la hache pour la plume et les livres et offre ses services de maître d’école aux habitants du canton de Shipton. Connu pour ses idées réformistes, il se présente en 1829 aux premières élections du comté de Drummond contre Heriot et recueille près de 20% des votes.

Le premier jour du scrutin a lieu le 6 novembre 1829. Ce matin-là, une foule nombreuse se présente devant la demeure d’Heriot et l’escorte jusqu’à la plateforme électorale sous un tonnerre d’applaudissements. Evans arrive quant à lui sans grand éclat accompagné de quelques supporteurs et amis. Comme le veut la tradition, les deux hommes s’adressent à l’auditoire à tour de rôle. Heriot parle en premier et souligne les avantages pour la colonie d’être représentée au Parlement. Evans explique quant à lui que sa candidature ne relève pas d’une initiative personnelle et qu’il a accepté de se présenter sous la recommandation de plusieurs concitoyens. Les électeurs sont ensuite invités à voter : Heriot obtient 114 voix et Evans 28. Le deuxième jour du scrutin, le maître d’école n’obtient aucun nouvel appui et doit finalement se retirer. Bon perdant, il offre son vote à Frederick George Heriot qui est officiellement proclamé député du comté de Drummond. Lors de l’élection suivante, en 1830, Heriot est réélu sans opposition. Quant à Francis Armstrong Evans, il décède à Québec en 1832 des suites du choléra.