Érection canonique : 22 janvier 1866
Érection civile : 14 juin 1866
Origine du nom : La paroisse est mise sous le patronage de saint Pie V en l’honneur du pontife de l’époque Pie IX. Le nom de la municipalité provient également du fait que le territoire est partiellement situé sur la seigneurie De Guire.
L’érection de Saint-Pie-de-Guire se réalise surtout autour des Forges situées près de la rivière aux Vaches. Tous les services se concentrent alors autour de l’entreprise. S’y installent un magasin, un moulin à farine, des étables, une boulangerie, en plus d’une trentaine de logements pour les employés. Les Forges ont d’ailleurs un impact direct sur la démographie puisque de 1871 à 1881, le nombre d’habitants passe de 1 242 à 1 529. Toutefois, cinq ans après la fermeture, le nombre de résidents chute à 1 145.
Les Forges de Saint-Pie-de-Guire font partie des activités économiques fondatrices de la municipalité. Ceux qui arpentent la région dans la deuxième moitié du XIXe siècle remarquent rapidement l’existence d’importants gisements de minerai de fer limoneux à même le sol. Félix Adolphe Toupin, homme d’affaires et industriel de Saint-François-du-Lac, possède alors de nombreuses terres dans le secteur. Après avoir analysé les échantillons de minerai de fer, Toupin acquiert le site le plus propice à l’installation d’un haut fourneau afin d’en faire l’exploitation.
L’entreprise est formée le 6 décembre 1867 et prend le nom de « Compagnie des Mines de la rivière Saint-François ». À l’époque, il n’y a pas encore de véritable village. Les équipements et les habitations érigés près des Forges en forme donc l’embryon.
Au début de ses activités, le haut fourneau transforme principalement le minerai en produits finis. Après quelques années, l’usine se limite exclusivement à la production primaire de fer et intègre le processus industriel de fonderies de Montréal. À l’approche des années 1880, les ressources se font de plus en plus rares. Le minerai provient de Gentilly et de Drummondville tandis que les forêts à proximité sont épuisées. Les Forges cessent alors leur activité en 1881.
Arrivé en 1874, Pierre-Amable Lebrun est le premier curé résident de la paroisse et en est régulièrement considéré comme le curé-fondateur. Ainsi, le jeune prêtre de 28 ans supervise la fin des travaux de la première église de Saint-Pie-de-Guire qui est ouverte au culte le 4 octobre 1874. Cette dernière n’a toutefois pas de cloche lors de son inauguration, celle-ci étant installée un peu plus tard. C’est également lui qui ouvre les premiers registres paroissiaux en octobre de la même année.
En plus de ses charges pastorales et scolaires, le curé Lebrun agit parfois à titre de témoins dans certains conflits opposant ses paroissiens. Par exemple, en octobre 1878, il se rend à Sorel pour témoigner dans une affaire opposant deux habitants, l’un ayant subi des dommages par le feu qui a pris naissance chez son voisin.
Le 2 octobre 1885, Pierre-Amable Lebrun est remplacé par le curé Théophile Lemire qui restera en place seulement jusqu’en 1888.
Les années 1874 et 1875 sont tragiques pour les habitants de Saint-Pie-de-Guire. En effet, la petite vérole, communément appelée la variole ou encore la picote, frappe durement la population de la communauté. En 1874, sur les 21 décès ayant lieu à Saint-Pie-de-Guire, 13 sont attribuables à la maladie contagieuse. Cette dernière fait également 57 victimes l’année suivante. L’épidémie est tel que même la revue L’Union médicale du Canada y fait référence dans son édition de février 1875.
Au Québec, la variole a également été appelée la « grosse picote ». Celle-ci est finalement éradiquée à la fin des années 1970 à la suite d’une campagne de vaccination massive de toute la population.
En 1934, le curé de la paroisse, J. A. Gill, fonde une petite école ménagère spéciale, le foyer Sainte-Thérèse, à Saint-Pie-de-Guire. En effet, en réaction à l’exode rural et à l’industrialisation rapide, l’élite politique et religieuse se tourne vers la femme pour conserver les valeurs traditionnelles et maintenir l’ordre social. En lui offrant une formation conforme aux traditions et inspirée par la foi chrétienne, on vise à en faire une femme idéale, la femme « dépareillée », c’est-à-dire une femme sans pareille, féminine, qui sait tenir maison, loyale à son mari, pieuse, cultivée, habile et intéressée à tout ce qui touche au foyer et à l’agriculture.
Le programme est axé sur la technique et la pratique plus que sur la théorie ; tout doit être relié aux activités domestiques. On enseigne aux jeunes filles les « sciences ménagères », soit la cuisine, la médecine familiale, le tissage, la couture, le raccommodage, le jardinage et l’économie domestique.
L’expérience n’étant pas concluante, le foyer Sainte-Thérèse ferme ses portes en 1940. Dans les années 1960, l’école reprend toutefois du service et assume son rôle premier en accueillant filles et garçons. L’institution ferme cependant à nouveau en 1971, puis le bâtiment est démoli au début des années 1980.
L’électrification de la paroisse de Saint-Pie-de-Guire ne s’est pas faite sans heurts. En effet, il se déroule près d’une décennie entre la demande initiale et la réalisation du projet. Au début de l’année 1937, le secrétaire de la municipalité présente une première requête aux paroissiens pour l’installation de l’électricité, demande que ceux-ci acceptent. Le secrétaire fait alors suivre le dossier à la Régie de l’électricité afin qu’un ingénieur vienne visiter les lieux et fasse installer l’électricité. Or, la Régie refuse la requête puisqu’elles jugent que les revenus provenant d’environ 25 intéressés ne justifient pas une mise de capital de 13 000$.
En 1946, le conseil municipal de Saint-Pie-de-Guire s’oppose à l’électrification partielle de la paroisse par la compagnie Shawinigan Water & Power. Finalement, la ligne d’électricité est construite en 1946, mais une taxe spéciale est prélevée à même la facturation.
Une mauvaise nouvelle s’abat sur la municipalité de Saint-Pie-de-Guire en 1968. En effet, l’église en place depuis 1905 est condamnée par le gouvernement. Des inspecteurs ont constaté que les fondations n’étaient plus assez solides pour supporter le bâtiment et que celui-ci s’était même enfoncé de près de deux pieds.
Devant le prix exorbitant de la construction d’une nouvelle église, l’abbé André SaintCyr, nouvellement en place depuis février 1969, convoque une assemblée de paroisse. S’inspirant de l’église dite communautaire, il est décidé de démolir l’église par corvée et de la reconstruire également par corvée. Les plans, élaborés par l’abbé lui-même, prévoient que l’église sera également un centre communautaire comprenant, outre un lieu de culte, des salles de classe, un salon funéraire, une caisse populaire, une salle de réception et une salle de réunion.
Les corvées se complètent rapidement alors qu’une dizaine d’hommes travaillent la semaine tandis qu’environ 75 hommes s’emploient à la tâche le dimanche. Grâce à l’esprit communautaire témoigné par les habitants de Saint-Pie-de-Guire, la construction de l’église ainsi que du presbytère a finalement coûté 66 000$ au lieu de 300 000$ si elle avait été donnée à contrat.