Entre patronat et syndicat : grèves de 1937 et 1949 à la Holtite rubber manufacturing – 2e partie

Le 11 août 1937, les employés de la Holtite quittent l’usine en mi-journée et déclarent la grève. Ils réclament de meilleures conditions de travail, principalement relatives aux salaires.

Après négociations, les deux partis en viennent à une entente le 31 août. Signée par M. A. A. Easterson, propriétaire de la Holtite, et par les  représentants du Syndicat catholique national de Drummondville fondé le 22 juin 1935, l’entente prévoit essentiellement une augmentation de salaire de 10%, soit 18 cents de l’heure.

Visiblement insatisfait de l’accord, M. Keim, gérant de la manufacture, aurait par la suite déclaré qu’il ne voulait plus se conformer à l’entente, congédiant tout son personnel en lui mentionnant que ceux qui voulaient retourner au travail pourraient le faire, mais aux mêmes conditions qu’avant la grève. La situation s’enlise ainsi jusqu’à la fin septembre, où  l’entente du 31 août est ratifiée par tous les acteurs, y compris M. Keim.

En février 1948, les employés de l’usine forment leur propre syndicat affilié à la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (C.T.C.C.) : l’Association des employés de la Holtite rubber de Drummondville. L’organisation se veut garante de la défense et du développement des intérêts sociaux, moraux et économiques de ses membres. La première convention collective est signée trois mois plus tard.

Cette dernière, d’une durée d’un an, se voit suivie par d’infructueuses négociations d’avril à mai 1949. La cause est alors prise en main par le Tribunal d’arbitrage de l’Office des salaires raisonnables.  Les conclusions du tribunal ne conviennent cependant pas aux deux clans. Le 10 novembre 1949, alors que les dirigeants ignorent les recommandations du tribunal, les employés votent une grève à 92%.

Après l’intervention du ministre provincial du travail Antonio Barette et d’un médiateur dans le conflit, une entente est finalement signée le 27 décembre au matin.

La nouvelle convention collective, semblable au rapport de l’Office des salaires raisonnables, prévoit entre autres un salaire minimum à 40 cents pour les femmes et les garçons, entre 45 et 58 cents pour les hommes, une semaine de vacances rémunérée pour les travailleurs à l’emploi depuis un an, deux semaines de vacances pour ceux ayant six ans d’ancienneté, ainsi que dix minutes de pause l’avant-midi et l’après-midi.

Ce fut le dernier épisode conflictuel avec la partie patronale jusqu’à la fermeture de l’usine en 1977. Malgré plusieurs démarches du syndicat, alors affilié à la CSD (Centrale des syndicats démocratiques), les dirigeants ne bronchent pas et mettent à pied la quarantaine de salariés restants.

 Maxime Lussier

 

VISUEL : Article du journal La Parole, publié le 12 août 1937. (SHD, Fonds La Parole)