Des cordes de la Jenckes au denim de la Swift (1920-2006)

 

Drummondville, 1920. La politique protectionniste instaurée quarante ans plus tôt par le gouvernement canadien favorise l’industrialisation partout au pays et Drummondville ne fait pas exception. Conjuguée au pouvoir de la nouvelle centrale hydroélectrique de la ville et aux généreuses exemptions de taxes de nos édiles municipaux, la Politique nationale ouvre grande la porte aux industriels qui désirent s’implanter à Drummondville. Et ils seront nombreux.

La Jenckes Canadian Tire Fabrics (1920-1928)

C’est dans ce contexte que la compagnie américaine Jenckes Spinning Company, de Pawtucket, au Rhode Island, décide de s’établir à Drummondville, en 1920, sur le site actuel du 575 rue des Écoles. La filiale canadienne, qui opère sous le vocable Jenckes Canadian Tire Fabrics, se lance dès lors dans la construction d’une vaste manufacture de quatre étages, au coût de deux millions de dollars. Les travaux débutent au courant de l’été 1920 et se terminent au printemps 1921. La production commence peu après et offre du travail à environ 300 ouvriers dédiés à la fabrication de corde à pneus pour les automobiles.

La Drummondville Cotton (1928-1954)

En décembre 1928, tel que le laisse croire une rumeur publiée dans les journaux locaux, la Jenckes est vendue à la Dominion Textile. La nouvelle succursale mène dès lors ses activités sous l’appellation commerciale Drummondville Cotton. La production des cordes et des filets pour la pêche s’ajoute à la production de la corde à pneus, en 1937. Le rendement de la manufacture devient encore plus important durant la Deuxième Guerre mondiale alors que la Coton est appelée à participer à l’effort de guerre en fournissant notamment des filets pour le camouflage, du tissu pour les uniformes, de la toile pour les tentes, des courroies pour les parachutes et du cordage nécessaire à la confection des roues de caoutchouc pour les véhicules militaires des Alliés. L’essor de l’entreprise est alors considérable et plus de 2500 ouvriers sont nécessaires pour faire tourner la manufacture à sa pleine capacité.

La DomTex (1954-1990), la Swift (1990-1996) et la Denim Swift (1996-2006)

En 1954, la Drummondville Cotton intègre le groupe Dominion Textile et la fabrication des tissus industriels devient graduellement la principale production de la manufacture. À compter de 1977, l’usine se modernise et ajoute à ses activités de production la fabrication de denim. À la fin des années 1980, l’entreprise centralise sa production canadienne de denim à l’usine de Drummondville, ce qui nécessite un investissement de 20 millions de dollars incluant la construction d’un vaste entrepôt pour les produits finis. Malgré les nombreux investissements et la modernisation de ses installations, la Dominion Textile, devenue la Swift Textile, diminue lentement ses opérations. À partir de 1996, l’usine, qui opère sous le nom Denim Swift, est néanmoins agrandie et munie de nouveaux métiers à tisser. L’investissement s’élève à 18 millions de dollars. En 2001, la manufacture embauche près de 900 ouvriers. Toutefois, avec la montée de la concurrence asiatique, la production est réduite encore davantage et la Denim Swift ferme finalement l’usine de Drummondville, en avril 2006.

Visuel : La manufacture Jenckes Canadian Tire Fabrics, Drummondville, 1928.

Source : Société d’histoire de Drummond, Fonds Abbé Jean-Noël Laplante ; P78, S2, D10, P1