Ça prendrait une bonne guerre!

 

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, que de fois n’a-t-on pas entendu la phrase suivante en période de récession: ça prendrait une bonne guerre pour relancer l’économie! Qu’en est-il vraiment? Assurément, l’entrée en guerre du Canada le 10 septembre 1939 provoque une mobilisation totale des ressources du pays pour répondre aux besoins de l’armée et des Alliés. La Canadian Celanese et la Drummondville Cotton tournent à plein régime, l’agriculture est sollicitée pour fournir de la viande et des produits laitiers. Oublier la crise, le chômage disparaît et on embauche davantage de femmes pour combler les besoins de l’industrie.

Cette prospérité apparente a cependant un coût très élevé. Pour financer cette ruineuse entreprise, l’État puise dans les poches des contribuables. L’impôt sur le revenu est majoré de 20%. Le gouvernement augmente les taxes ou en crée de nouvelles sur l’alcool, le vin, le tabac, les boissons gazeuses, le thé et le café, le gaz et l’électricité. Mais cela ne suffit pas; pour combler les déficits de plus en plus considérables, il faut emprunter. Ottawa lance donc neuf campagnes pour inciter le public à acheter des Obligations de la Victoire. La dette explose, passant de 5 milliards $ à 18 milliards $, laissant aux générations futures le soin de payer la note.

Parallèlement les libertés individuelles sont réduites. La Loi sur les mesures de guerre permet à la police de faire des perquisitions et d’arrêter un individu sans mandat. La censure s’applique à la radio et aux journaux pour les empêcher de divulguer des informations militaires et pour faciliter la propagande gouvernementale. Le Service sélectif national peut obliger quiconque à changer d’emploi et à accepter tout travail jugé prioritaire; il faut un permis pour changer d’emploi. Les conditions de travail se détériorent : la semaine de travail n’est plus limitée à 55 heures, le nombre de jours fériés est réduit de dix à six par année, les relations de travail sont réglementées.

En 1940, la conscription – service militaire obligatoire – force les hommes de 18 à 40 ans à faire l’entraînement pour la défense du pays. En 1942, la conscription s’étend au service militaire outre-mer, ce qui provoque le mécontentement et même une émeute à Drummondville, en 1945. Depuis 1942, le rationnement touche le thé, le café, le beurre, le sucre, la viande, l’alcool, l’essence, les pneus : il faut des coupons pour s’en procurer, en quantité limitée. La production de voitures et d’appareils électriques cesse, la construction résidentielle souffre d’une grave pénurie de matériaux. À cela s’ajoutent les problèmes sociaux comme la délinquance juvénile qui résulte du relâchement de la discipline familiale, et du travail des jeunes qui abandonnent l’école pour de petits boulots ou le travail en usine.

En somme, cette soi-disant prospérité ne vaut pas la ruine des finances publiques et les privations subies pendant ces années, encore moins les tourments éprouvés par les soldats canadiens et leurs familles, avec 45 000 morts et 54 000 blessés. Encore heureux que la guerre se soit déroulée loin du Canada…

 Jean Thibault

 

Visuel : Couverture du livre de Jean Thibault : « Drummondville à l’heure de la guerre 1939-1945 ».

Source : Société d’histoire de Drummond