Félix Lauzière et Marie-Anne Lépine sont nés à Saint-François-du-Lac, situé à l’embouchure de la rivière Saint-François sur le fleuve Saint-Laurent. Ils célébrèrent leur mariage en 1912 dans ce même village, tout comme depuis 1698 les 5 générations de la famille Lauzière. En amont de leur village natal, sur la Saint-François, une ville fondée depuis 1815 par le major-général Heriot est sur le point de prendre une expansion économique et territoriale hors du commun. Cet  emplacement se nomme Drummondville et son petit centre-ville se colle sur la rivière, au pied de ses rapides. C’est dans les années 1910 et 1920 avec la construction d’un barrage hydro-électrique et de plusieurs usines pour supporter l’effort de guerre que cette ville prendra un essor foudroyant. Qui dit usines dit travailleurs et qui dit travailleurs dit maisons. Félix, ayant adopté le métier de menuisier comme son père Joseph, décide d’emménager dans ce nouvel eldorado. C’est son père qui fabriquera les portes et les fenêtres de sa première maison, en «asbestos»  sur le chemin du golf à l’ouest de la ville. Les premiers enfants verront le jour dans les années 1915. La petite ville de Drummond prend de l’expansion et nous voyons apparaître plusieurs villages ou quartier autour du centre-ville.

Après sa fondation en 1815, Drummondville a connu des débuts difficiles. Le canton de Grantham fut officiellement constitué en 1800, mais ses premiers habitants n’occupèrent la région qu’à partir de 1815. Ceux-ci se recrutaient surtout dans les rangs de soldats démobilisés revenant au pays après le conflit anglo-américain de 1812. Une grande partie du canton fut ainsi cédée au major-général George Frederick Heriot et à ses soldats. Les débuts furent plutôt timides; de 500 qu’elle était en 1816, la population n’atteignait pas 1500 personnes au début du XXè siècle et gravitait autour de 2500 vers 1914. Un feu ravagea la majeure partie du village en juin 1826. Dix années de durs labeurs se voyaient ainsi anéanties en l’espace de quelques heures, obligeant les colons à tout rebâtir. Le nombre de familles résidentes chuta drastiquement, passant de 375 en 1889 à 210 en 1902.Certaines manufactures fermèrent leurs portes, gonflant les rangs des chômeurs et forçant ces derniers à gagner la Nouvelle-Angleterre qui leur offrait de meilleures perspectives d’emplois. De plus, deux incendies majeurs frappèrent distinctement, à une année d’intervalle, le presbytère et l’église St-Frédéric. Il fallut attendre cinq ans pour assister aux premiers travaux de reconstruction. Avec la nouvelle église renaissait l’espoir d’un avenir

La rivière noire et le feu Au début du siècle dernier, environ 18 moulins sont alimentés par la rivière noire d’Ulverton. En 1961, un de ces moulins, le moulin à scie P.E. Giguère de Lisgar, est détruit par les flammes. Cet incendie ne laisse alors que le moulin à laine d’Ulverton aux abords de la rive, dernier témoin d’une réalité ouvrière rurale maintenant disparue. Le premier pont couvert du Ulverton Woolen Mills est construit vers 1900. Cette infrastructure est nécessaire pour accéder au site de l’entreprise. En 1954, ce pont de bois devient désuet.  En 1982, le Conseil d’administration du moulin d’Ulverton entame des démarches afin que le pont soit reconstruit et c’est en 1988 que le Député de Drummond, M. Jean-Guy St-Rock, octroie la somme de 30,000$ pour la mise en marche du projet. Grâce à la générosité des ouvriers et des citoyens d’Ulverton, la reconstruction du pont débute en octobre 1992, pour être ensuite inauguré le 16 juin 1993. Dès le lendemain, un malheur frappe; le pont est incendié par un acte criminel. Devant cette désolation, M. Fernand Roger, alors président du Moulin à laine, convoque le conseil d’administration et convainc les administrateurs de reconstruire dans les plus brefs délais

Né à Ste-Perpétue le 9 septembre 1909, très jeune, Noël Camirand aide son père aux travaux de la ferme, étant le premier garçon d’une famille de 11 enfants. Par la suite, il travaille dans un chantier, puis devient apprenti-forgeron à Ste-Brigitte des Saults, chez son cousin M. Hormidas Camirand, et plus tard à St-Zéphirin chez Hormidas Grandmont, son futur beau-père. C’est en 1936, après ses apprentissages, que M. Camirand devient forgeron de métier. Il s’établit à La Visitation où il achète de M. Philippe Smith une maison avec boutique. Le prix de cette vente est de six cents dollars dont deux cents dollars comptant et le reste par paiements égaux. M. Camirand forgera selon les besoins de M. Smith pour un montant égal à la dette. Après quelques années, M. Smith demande à combien monte la dette. M. Camirand lui dit qu’il n’a rien pris en note et M. Smith de lui répondre la même chose. Ils se serrent la main et c’est la raison pour laquelle on ne note aucune quittance finale sur l’acte de vente. Cette maison, bâtie vers 1890 à 1900 servait d’abattoir; M. Camirand  en transforme une partie en forge et l’autre en abri à chevaux. Son travail

Aux pins blancs géants qui ont d’abord attiré les grands entrepreneurs forestiers se sont substituées, dès 1860, d’autres essences comme le pin gris, la pruche et l’épinette.  Des chantiers sont en activité aux quatre coins de Saint-Lucien.  La coupe a lieu en saison froide de manière à profiter au maximum des avantages naturels qu’offrent la neige et la glace au transport.  Aussitôt abattus, les arbres sont ébranchés et sciés en longueur de 4 m. Dès la fonte des glaces, au printemps, on lance à l’eau des milliers de billots, familièrement appelées « pitounes », chacun frappé des initiales de la compagnie propriétaire.  Les récoltes de bois descendant la rivière Saint-François sont « repêchées » à Drummondville ou à Pierreville, alors que celles jetées dans la rivière Nicolet s’arrêtent à Michel Station (5 km à l’ouest de Bon-Conseil) où la Mitchell Church & Fee exploite une méga scierie et un chemin de fer du nom de Drummond County Ry. Les travailleurs forestiers Le recensement de 1861 du canton de Simpson révèle la présence de 63 hommes répartis en 8 chantiers exploitant le pin et l’épinette.  Plus bavard, le recensement de 1871 dénombre les résidants permanents qui tirent un revenu d’appoint de la coupe du bois.  Ainsi, sans renoncer au travail

Au début du XIXe siècle, seules quelques familles d’origines allemande et britannique s’étaient implantées en bordure des rivières Saint-François et Nicolet.  L’arrière pays de Saint-Lucien, presqu’entièrement couvert de sables acides et à drainage déficient, n’offrait qu’une très faible valeur agricole.  D’autant plus que pour assécher leurs terres, les colons devaient creuser, à la petite pelle, des fossés de la hauteur d’un homme et larges de trois mètres au fond. Toutefois, la présence nombreuse de pins blancs avait été remarquée par de gros entrepreneurs forestiers, tels Valentine Cooke (Drummondville), G. W. Ross (Saint-Nicholas) et L.-A. Sénécal (Pierreville).  Le pin blanc d’Amérique (Pinus Strobus) était reconnu pour sa longévité, sa résistance à la pourriture et sa capacité à retenir sa forme sans gauchir, même sous les variations atmosphériques.  C’est pourquoi la couronne britannique se réservait les meilleurs arbres de ses colonies pour la construction des vaisseaux de la Marine royale. Dans le secteur N-W de Saint-Lucien, les loams sableux déposés par la mer de Champlain avaient favorisé la croissance de pins blancs de taille exceptionnelle et qui, de surcroît, fournissaient des billots bien droits et sans défaut apparent.  Abattus durant l’hiver, les pins étaient aussitôt équarris et transportés sur les berges des rivières Saint-François

L’Hôtel Central sur la rue Principale à Saint-Germain a ouvert ses portes le 1er mai 1902. Situé à proximité de la gare, cet hôtel « pourvu de toutes les améliorations modernes » est la propriété de Napoléon Girard. Ce dernier fait rapidement la publicité de son établissement dans le journal local La Justice en mentionnant ses attraits particuliers : « Table de première classe. Salles d’échantillons spacieuses. Chambres confortables. Vin, liqueurs et cigares de choix ». Ces salles d’échantillons que l’on mentionne dans toutes les publicités d’hôteliers sont des espaces commerciaux spécialement aménagés pour accueillir les commis-voyageurs. Selon un règlement sur l’hébergement commercial en vigueur en 1917, tous les hôtels doivent proposer au moins une salle d’échantillons avec deux chaises et une table. On légifère même sur la clarté de la pièce, la sécurité, l’hygiène ainsi que sur le chauffage! Les pensionnaires peuvent alors étaler des échantillons de leurs produits et faire du commerce avec les habitants. Les marchands généraux profiteront eux aussi du passage de ces représentants pour passer des commandes ou tester de nouveaux produits. Au début du 20e siècle cependant, ces commerçants itinérants ont mauvaise réputation, qu’ils tiennent probablement du fait qu’ils se déplacent constamment et qu’ils sont seuls. De plus, leur passage

Si quelques petites formations musicales animent déjà les rassemblements à Drummondville, le premier quart du 20e siècle est marqué d’un effort d’organisation des loisirs pour satisfaire les besoins de la population grandissante. La vie culturelle se transforme rapidement et naissent alors fanfare, orchestres et chorales d’amateurs et de professionnels. Le 30 janvier 1903, quelques hommes dits « anciens instrumentistes » décident d’organiser une fanfare. Ils se réunissent chez Napoléon Garceau, avocat et propriétaire du journal La Justice, qui lui, s’engage à leur fournir un local de répétition. Ce n’est toutefois qu’en 1914 que la ville officialise son corps musical en vue des fêtes du centenaire. Monsieur Alexandre Mercure alors à la tête de l’hôtel de ville ne pouvait envisager qu’un tel événement ait lieu sans corps musical officiel. À l’époque, la majorité des villes et municipalités sont dotées d’harmonies, souvent liées aux brigades de pompiers, de gendarmerie ou de miliciens, et sont des symboles patriotiques. En rythmant les défilés d’événements et en multipliant les prestations en plein air, la fanfare est de plus en plus populaire à Drummondville. D’abord dirigée par Léon Ringuet, puis par Raphaël Nolet, elle contribue à la fois au divertissement et au développement d’un sentiment d’appartenance pour

Les sujets de l’ensemble des vitraux de l’église Saint-Frédéric ont été déterminés par l’architecte Louis-Napoléon Audet à qui l’on a confié, en 1922, la construction de la quatrième église du même nom.  En ce qui concerne la verrière du choeur, Audet s’est plié à la tradition d’installer, au-dessus du maître-autel, la vie du saint patron de l’église qu’il a déclinée en trois scènes : L’image triomphante de saint Frédéric qui prend place dans un trèfle à quatre feuilles, alors que dans les baies ogivales sont représentés à gauche, Le martyr de saint Frédéric, et à droite, Saint Frédéric menaçant d’excommunier l’impératrice Judith de Bavière. En 1929, le conseil de fabrique confie la réalisation de la verrière du chœur au maître-verrier français Guillaume-Ernest Pellus qui s’était fait connaître auprès de la clientèle religieuse alors qu’il travaillait avec Guido Nincheri au décor peint de l’église Notre-Dame-de-Grâce de Montréal. C’est la scène du martyr de saint Frédéric que nous observons sur la photo ci-contre.  Selon les biographes, saint Frédéric, évêque d’Utrecht, fut poignardé au pied de l’autel en 838.  Le maître-verrier Pellus a plutôt dessiné une décapitation, mais il s’est appliqué à bien muscler le bourreau et à revêtir l’évêque de ses habits sacerdotaux.  Le talent

À l’époque de la colonisation du territoire maintenant connu sous le nom de « Municipalité de Saint-Lucien », la pêche et la chasse étaient des activités de survivance.  En effet, la faune des forêts et des rivières constituait, avant tout, une source essentielle de nourriture pour ces courageux défricheurs isolés de toutes sources d’approvisionnement. Dans les eaux plus ou moins profondes des deux rivières baignant les côtes de Saint-Lucien - la Saint-François au sud et la Nicolet au nord - on pêchait l’achigan, le doré, la barbotte, la perchaude et le crapet-soleil.  On profitait des rares moments de loisir pour aller jeter une ligne ou lever la ligne dormante laquelle livrait en quantité du brochet et de la carpe.  Alors que les nuits obscures et sans vent se prêtaient à la pêche au flambeau où l’on harponnait, au dard ou à la foène, les plus belles prises d’esturgeon. En ce qui concerne les cervidés, leur grand nombre est confirmé dans le récit historique du notaire Saint-Amant : « Le territoire occupé par cette paroisse [Saint-Lucien] a été, jusqu’à ces derniers temps, considéré comme un vrai paradis pour les chasseurs de chevreuils.  Ces tueries en bloc ont presque complètement anéanti ce gibier dont on ne rencontre que