Au son du violon

Le frottement de l’archet contre les cordes du violon venait d’émettre, dans une vibration qui lui semblait éternelle, un son à la fois timide et familier. Avec la complicité de sa mère, le petit Gérard avait subtilisé l’instrument de sa sœur aînée et venait tout juste de faire sonner ses premières notes. Il avait six ans. La séance n’avait duré qu’un instant, mais l’écho mélodieux du violon allait résonner pour toujours dans la tête du garçon. Dans notre mémoire collective, ce fut la naissance musicale de l’un des grands violonistes du Québec.

Gérard Ti-Noir Joyal est né à Drummondville, le 8 avril 1921. C’était l’époque des veillées traditionnelles. La musique folklorique canadienne-française se fait alors entendre haut et fort, et partout. Chez les Joyal, les valses s’enchaînent au rythme des reels de violon et des solos d’accordéon. Lors de ces soirées, la marmaille se joint aux parents pour faire revivre les plus belles pièces de chez nous. Gérard en profite chaque fois pour perfectionner sa posture et la finesse de son jeu.

Ainsi, à l’âge de neuf ans, le jeune musicien maîtrise déjà son instrument et joue devant public dans les salles, durant les noces et les soirs de réveillons. À douze ans, il décroche son premier contrat radiophonique et interprète les classiques de notre répertoire sur les ondes de la station CJTR, à Trois-Rivières. Le temps passe, sa notoriété va grandissant et à la fin des années 1940, il enregistre ses premières compositions sur disques vinyles.

Durant les années 1950-1960, il fait ses premières apparitions au petit écran comme violoneux dans les émissions de télévision Jamboree, Samedis de l’année et Variétés Paul Lemire. Son surnom de «Ti-Noir» date d’ailleurs de cette période par opposition à «Ti-Blanc» Richard, un autre musicien en vedette sur la même chaîne. En 1960, Gérard lance son premier album sur le marché. Plusieurs autres suivront, dont Le bon temps des fêtes, en 1963, et Le disque d’or de Ti-Noir Joyal, en 1968.

Durant les années 1970-1980, c’est surtout en compagnie de ses fils que Ti-Noir égaye les gens de la région, dans les salles de spectacles et les salles à manger des restaurants. Il joue aussi en solo, dans les églises, pendant les cérémonies de mariage. Ainsi, au fil des ans, presque toutes les familles drummondvilloises ont l’occasion de danser et de fredonner sur sa musique. À leur tour, sans doute, elles ne pourront oublier l’écho mélodieux vibrant au son de son violon.

Au terme d’une longue maladie, Gérard Joyal s’éteint à Drummondville le 17 avril 1989, à l’âge de soixante dix-huit ans. Soucieux de partager l’histoire de leur père, Mario et Pierre Joyal ont légué à la SHD, en 2014, les archives personnelles de ce grand violoniste.