Par Kévin Lampron-Drolet
La chanson québécoise connait un vent de transformation au tournant des années 1960-1970. Plusieurs se souviendront de l’Osstidcho de 1968 comme étant un moment déterminant de l’identité culturelle québécoise. Cette redéfinition n’est pas un phénomène isolé, elle se produit dans un contexte international de contestation et de libération. Souvenons-nous par exemple de Mai 68 en France, du Printemps de Prague, du mouvement pour les droits civiques aux États-Unis, des manifestations contre la guerre du Viêtnam, et même, ici au Québec, de la Révolution tranquille et de l’Exposition universelle de 1967. Les artistes oseront alors laisser libre cours à leur créativité de manière à refuser les cadres de la chanson française ou des chansonniers traditionnels. C’est en quelque sorte l’élément déclencheur de la chanson moderne québécoise qui, selon Michel Rivard, permit à des groupes tels que Beau Dommage et Harmonium d’exister.
Nous observons alors une effervescence musicale importante au cours de cette période, où la musique yé-yé et les chansonniers s’opposent farouchement. Drummondville n’échappe pas à cette tendance et devient le berceau de grands artistes tel que Georges Dor et Gaston Mandeville, qui ont d’ailleurs donné leur nom respectif à des salles de spectacle d’ici. De nombreux concerts de grandes ampleurs prennent place durant cette décennie, notamment au Centre culturel. Certains noms de la chanson yé-yé, tels que Hugues Aufrey, de la chanson française, tels que Charles Aznavour et Joe Dassin, ainsi que des chansonniers, tels que Claude Dubois et Félix Leclerc, s’y produisent à plusieurs reprises. Le nouveau courant anticonformiste parvient également à s’y tailler une place rapidement. En effet, dès 1970, le Centre culturel fera salle comble pour Yvon Deschamps et Robert Charlebois, deux figures emblématiques de l’Osstidcho.
À quoi ressemble donc un soir de spectacle à Drummondville au courant des années 1970 ? Si nous prenons comme exemple, le vendredi 19 avril 1974, le public dut se diviser de manière à choisir entre le spectacle de Claude Dubois au Centre culturel, du groupe Harmonium au Manoir Drummond, et de la formation locale Réaction aux Galeries Drummond. Harmonium est sans doute le groupe se démarquant le plus sur la scène drummondvilloise vers 1975, offrant de nombreux spectacles de plus en plus fréquentés par les jeunes de la ville et recevant toujours les meilleurs critiques. Certains chansonniers de Drummondville, dont Pierre Tétrau et Yves Cloutier, ont même eu la chance de partager la scène avec Harmonium.
Fait intéressant, selon les critiques de la journaliste de La Parole, Claudette Halley, le public drummondvillois semble parfois difficile et indiscipliné ! Qu’en pensez-vous ? Serait-ce toujours le cas ?

