Alberta Chabot, téléphoniste en chef chez Bell Canada Drummondville, en compagnie des quatre opératrices de l’Édifice Bell, rue Lindsay, en 1945. (SHD, Collection régionale; IC-8.3F63)

Alberta Chabot…au bout du fil

Drummondville, 1er août 1937. Ce matin-là, Alberta Chabot, la téléphoniste en chef de la compagnie Bell Canada, se rend au travail plus tôt qu’à l’habitude. Ce n’est pas un jour comme les autres : il est prévu qu’à sept heure précise, le vieux système de téléphone à manivelle fera place au fameux téléphone à cadran dont tout le monde parle! Il s’agit sans doute de l’une des étapes les plus importantes de sa carrière, de même que d’un événement historique marquant pour les citoyens de Drummondville, mais Alberta n’est pas inquiète. Elle sait que tout a été mis en œuvre pour que l’introduction du nouveau réseau téléphonique soit une réussite.

En décembre 1936, dans les pages de La Parole, on annonce la construction du nouvel édifice Bell sur la rue Lindsay. Le bâtiment est achevé en avril de l’année suivante et les employés de la Northern Electric entament l’installation des appareils à cadran chez les abonnés, ainsi que les raccordements nécessaires. Les représentants Bell se chargent ensuite de visiter les usagers un à un pour donner à ceux qui l’ignorent les instructions indispensables à l’utilisation du nouveau téléphone. C’est ainsi que le 1er août 1937, en quelques secondes seulement, les appareils à manivelle sont devenus chose du passé…

Née le 20 février 1900 à Plessisville, Alberta Chabot fait carrière comme téléphoniste, dès 1919, à la Compagnie de téléphone de Drummondville, puis comme représentante locale et téléphoniste en chef chez Bell Canada à compter de l’année 1929. À cette époque, le métier de téléphoniste est très exigeant. En plus de devoir faire preuve d’une grande concentration et d’une constante politesse, Alberta doit supporter un lourd casque d’écoute durant de longues heures, accomplir des gestes répétitifs et redire des phrases apprises par cœur durant ses journées de travail entières, souvent marquées par un nombre incalculable d’appels aux heures de pointe. En bref, durant un quart habituel, elle recueille les demandes, les dirige sur le bureau compétent, établit une communication, contrôle et surveille les conversations en cours, et en temps utile, coupe les communications achevées. À Drummondville, en 1937, la compagnie Bell dessert près de 1300 abonnés!

Avec l’arrivée du téléphone à cadran, l’usager effectue le travail de recherche lui-même en composant le numéro de l’interlocuteur qu’il souhaite joindre, ce qui facilite grandement la besogne des téléphonistes. Mlle Chabot profite de cette avancée technologique jusqu’à sa retraite, en 1960.