Lithographie illustrant les Voltigeurs canadiens durant la guerre de 1812, par Henri Julien. Source : Le Journal de Dimanche, 24 juin 1884.

Acte de bravoure à la ferme de John Crysler

 

Champs de ferme du canton de Williamsburg, Haut-Canada, le 10 novembre 1813. La guerre anglo-américaine fait rage depuis quelques mois déjà et les troupes étatsuniennes, menées par le brigadier général John Parker Boyd, tentent une nouvelle progression le long des rives du fleuve Saint-Laurent, mais se butent à un petit contingent des forces britanniques dirigé par le lieutenant-colonel Wanton Morrison. La Bataille de la ferme Crysler est sur le point de commencer. Elle sera décisive pour la victoire canado-britannique, mais également pour la suite de la carrière militaire de Frederick George Heriot, le futur fondateur de Drummondville.

La mise en scène

Les hommes de Boyd établissent leur quartier général dans une taverne locale, tandis que ceux de Morrison s’installent à moins de deux kilomètres à l’est, chez le fermier John Crysler. Au petit matin du 11 novembre, le lieutenant-colonel britannique scrute l’horizon : l’endroit est bien dégagé, le vaste champ favorisera le déploiement de ses régiments de ligne ; le fleuve à droite permettra aux canonnières du capitaine Mulcaster d’appuyer ses troupes ; et la forêt dense à gauche ainsi que la petite ravine serviront de couverture à l’infanterie légère des Voltigeurs canadiens, des Canadian Fencibles et des alliés mohawks. Morrison tourne les talons et prie pour que les conditions favorables du terrain ainsi que son stratagème pallient à l’infériorité numérique de ses hommes.

Les Voltigeurs canadiens en avant-garde

Aux abords de la ferme, le réveil des Voltigeurs se fait en silence. Les hommes déjeunent en vitesse avant de rejoindre leurs camarades pour l’inspection. Vêtus de leur uniforme gris et noir, ils se tiennent droit malgré la lourdeur de leur mousquet et de leur cartouchière, pleine à rebord. Après une longue période d’attente, l’ordre de faire mouvement est enfin donné. Les Voltigeurs se rendent alors à l’avant-garde juste devant les troupes américaines retranchées dans la forêt. Le major Frederick George Heriot marche derrière eux les rênes de son cheval bien en main.

La victoire de l’armée britannique

Arrivés à l’orée du bois, un coup de feu se fait entendre. Les troupes étatsuniennes quittent leur planque et accourent dans tous les sens. En position de tir, les Voltigeurs laissent filer une première volée de mousquet, puis une deuxième. Les Américains sont plus nombreux et les Voltigeurs sont rapidement débordés. Le major Heriot, sur sa monture, leur ordonne de retenir l’ennemi à tout prix. La stratégie du lieutenant-colonel Morrison mise en effet sur une retraite lente afin de permettre au reste de l’armée de se positionner sur le champ de bataille et ainsi surprendre les troupes étatsuniennes prises de vitesse. L’opération est un succès et lorsque les Américains quittent la forêt, ils se retrouvent à découvert accueillis par les tirs du 49e et du 89e régiment. À la brunante, les hommes de Boyd ont tous retraité à leurs bateaux et l’armée canado-britannique est victorieuse.

La légende veut que le major Heriot ait fait preuve d’une grande bravoure lors de cette bataille et que ses talents exceptionnels de cavalier lui aient permis de s’y distinguer. Quoi qu’il en soit, sa conduite lui vaut une nouvelle citation et une nouvelle parure militaire. Avant la fin du conflit, Heriot accède au grade de lieutenant-colonel intérimaire, puis à l’été 1815, à celui de surintendant de la colonie agromilitaire de la rivière Saint-François, dont le chef-lieu sera Drummondville.

 

Visuel : Lithographie illustrant les Voltigeurs canadiens durant la guerre de 1812, par Henri Julien.

Source : Le Journal de Dimanche, 24 juin 1884.