Marguerite Courchesne : l’assurance d’une femme forte en temps de guerre

   Durant le deuxième grand conflit mondial, les femmes canadiennes contribuent elles aussi à l’effort de guerre. Des milliers portent l’uniforme et servent dans les forces armées comme infirmières militaires, mécaniciennes ou radiotélégraphistes ; d’autres travaillent dans les usines ou sur les fermes ; s’impliquent auprès des œuvres de bienfaisance et tricotent des bas et des mitaines ; préparent des colis pour les soldats envoyés outre-mer ; et recueillent des matériaux dans le cadre des campagnes de récupération. Les Drummondvilloises ne font pas exception. Marguerite Courchesne est l’une de celles-là. Nous lui dédions cette chronique.

   Fille du cultivateur Ulric Courchesne et de dame Emma McClure, Marguerite naît le 9 mars 1897 dans la petite municipalité de Saint-François-du-Lac. Ses études en sténographie terminées, elle fait ses débuts dans le domaine des assurances à Montréal en 1913-1914 comme secrétaire pour le compte de la Mount Royal Insurance Company. Elle rejoint sa famille à Drummondville en 1929, à la demande de son frère Dominique, qui vient tout juste de faire l’acquisition du bureau d’assurances Courchesne, rue Lindsay, anciennement propriété de son cousin Édouard. C’est dans ces circonstances que Marguerite arrive en ville pour exercer le métier de courtière, une occupation jadis réservée aux hommes, qui aura tôt fait de mettre en évidence toute sa fougue et sa force de caractère.

   Lettrée et curieuse, elle s’intéresse à l’histoire et à l’actualité politique. Abonnée à de nombreux quotidiens, aussi bien canadiens que français, elle suit avec assiduité les événements qui mènent l’Europe, puis le monde entier, à la Deuxième Guerre mondiale. Elle est bouleversée et souhaite offrir son aide. C’est ainsi qu’elle initie en octobre 1939, avec quelques amies, la fondation de la section locale de la Croix-Rouge et agit à titre de secrétaire de l’organisme durant plus de trente-cinq ans.

   L’implication de Mlle Courchesne dans les œuvres de guerre ne se limite pas à la collecte et à la distribution de biens essentiels aux soldats malades ou ceux blessés au front, elle offre également réconfort à nombre de civils français durant l’Occupation, et espoir aux braves qui combattent sous le pavillon tricolore par le biais de lettres empreintes de douceur et d’empathie. Elle entretient aussi une correspondance délicate avec quelques prisonniers de guerre retenus dans les camps de travail allemands. Ces lettres, conservées dans le dépôt d’archives de la SHD, révèlent l’angoisse et la peur des correspondants de Marguerite, tout autant que sa compassion et sa grandeur d’âme.

   Après la guerre, la femme d’affaires travaille toujours aux côtés de son frère et continue d’offrir de son temps aux bonnes œuvres. Elle occupe notamment la présidence du comité de la Croix-Rouge relatif au bien-être des anciens combattants, puis de responsable de plusieurs campagnes de collecte de sang. À la suite du décès de Dominique, survenu en novembre 1948, elle administre seule le bureau d’assurances Courchesne & Courchesne jusqu’à ce qu’elle se retire de la vie professionnelle.

   En reconnaissance de son implication dans les œuvres de guerre, Marguerite est faite membre honoraire de la Légion royale canadienne, en 1942. Elle est aussi honorée de la plus haute distinction de la Société canadienne de la Croix-Rouge, qui lui remet en 1974 la Médaille du mérite pour son dévouement exceptionnel. Marguerite Courchesne s’éteint à Drummondville le 19 février 1986, quelques jours avant de célébrer son quatre-vingt-neuvième anniversaire de naissance. Le 29 octobre dernier, le gouvernement du Canada a également tenu à perpétuer sa mémoire au Manège militaire de Drummondville dans le cadre de l’événement Héros de chez nous. Une commémoration extraordinaire pour une femme tout aussi extraordinaire.

Martin Bergevin

Visuel : Documents du fonds d’archives de Marguerite Courchesne.

Source : Société d’histoire de Drummond, Fonds Marguerite Courchesne ; P25