Vue partielle des installations de la compagnie AEtna Chemical, Drummondville, 1916-1919. (Société d’histoire de Drummond, Collection régionale ; C1)

1914-1918 : Drummondville et la « Grande Guerre »

 

Les contemporains qualifièrent le conflit de 1914-1918 de Grande Guerre, espérant qu’il s’agissait de la dernière, vu son ampleur, sa durée et son intensité. Elle a en effet impliqué plus de soldats (60 M.), occasionné plus de pertes (10 M. de morts) et mobilisé plus de ressources que toute autre guerre précédente.

L’industrialisation, la conquête d’empires coloniaux, l’unification de l’Allemagne, la course aux armements créèrent des conditions nouvelles qui menaçaient l’équilibre européen.  De fait, l’Europe était divisée en deux systèmes d’alliances rivaux : la Triple Entente (France, Grande-Bretagne et Russie) et la Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie).

Le 28 juin 1914, l’héritier du trône d’Autriche, l’archiduc François-Ferdinand et son épouse furent assassinés à Sarajevo par un nationaliste serbe. Viennes voulut profiter de l’attentat pour écraser la Serbie et briser le mouvement des nationalités qui risquait de faire éclater l’Empire ; soutenue par l’Allemagne, l’Autriche attaqua la Serbie le 28 juillet.  De fil en aiguille l’Allemagne, la France, la Russie, la Grande-Bretagne furent entraînées dans le conflit.  Chacun des belligérants estimait être dans son bon droit, particulièrement l’Allemagne, qui voulait défendre sa « place au soleil ».  La guerre que tous prévoyaient courte allait durer cinq ans et trois mois.

Le Canada, qui était dirigé par le premier ministre conservateur Robert Borden, se composait de neuf provinces, comptait 7 millions d’habitants, était un Dominion britannique, ce qui signifiait qu’il n’avait pas acquis sa pleine indépendance. Quand la Grande-Bretagne déclara la guerre à l’Allemagne le 4 août 1914, le Canada se retrouva lui aussi en guerre. Plusieurs Drummonvillois s’enrôlèrent dans l’armée et combattirent en Europe, et six d’entre eux y laissèrent leur vie, alors que d’autres furent conscrits et envoyés au front en 1918, peu avant l’armistice du 11 novembre.

Drummondville comptait alors 2200 âmes.  Alexandre Mercure était maire de la ville et Frédéric Tétreau était curé de l’unique paroisse catholique, Saint-Frédéric. La Compagnie J. – A. Gosselin poursuivait la fabrication de machinerie industrielle. La scierie Campbell-MacLaurin Lumber, deux manufactures de portes et fenêtres et la manufacture de voitures G.E.N. Pepin donnaient également de l’emploi.  La confection, la chaussure, les allumettes complétaient le portrait économique de Drummondville ; une petite centrale électrique permettait l’éclairage des rues et de quelques maisons particulières.

La guerre bouleversa la vie économique de la ville avec l’arrivée en 1915 de la compagnie Aetna Chemical qui produisait de la poudre sans fumée. Pendant trois ans, les ateliers bourdonnèrent d’activité et employèrent jusqu’à 3000 travailleurs recrutés dans la région, dans la province et au sein des contingents d’immigrants européens. La « Poudrière » ferma en 1919 et le terrain fut acquis en 1924 par la Canadian Marconi qui y érigea des tours de télécommunications.