Le coup de foudre d’Ephrem

 

Les légendes naissent souvent d’un fait vécu, un peu hors de l’ordinaire, raconté de descendant en descendant estimé de bonne foi. La transmission orale va son chemin d’une génération à l’autre, teintant le fait d’embellie ou de drame de sorte qu’il devient impossible aujourd’hui d’en confirmer l’exactitude.

Chez les Archambault, par exemple, la légende du coup de foudre de l’aïeul Ephrem perdure encore de nos jours. Elle débute alors qu’il vit le deuil de sa première femme, Marie. On est en février 1910. Pour se changer les idées, il accepte l’invitation de sa sœur Armélia qui habite aux « États » et prend le train à Acton Vale en direction de Haverhill, au Massachusetts : un trajet de 550 kilomètres qui s’étend sur la ligne du Grand Trunk jusqu’à la frontière canado-américaine, à la hauteur de Norton, et qui traverse le massif des montagnes Blanches pour laisser ses passagers à Portland, dans le Maine. De là, à bord d’un convoi du Boston & Maine Railway, Ephrem rejoint enfin Haverhill, sa destination finale.

Afin d’agrémenter le séjour d’Ephrem, Armélia et son mari Télesphore Larivière invitent une de leurs couturières, Alvinia Houle, veuve de son état, à venir jouer aux cartes à la maison. Dès la première rencontre, Ephrem encaisse la fameuse décharge électrique de l’amour. D’après les témoignages recueillis auprès de ses descendants, toutefois, Alvinia ne partage pas le même enthousiasme que son prétendant. Il est même probable, dit-on, que son « prince charmant » lui inspire alors des réflexions plus pratiques que romantiques. Dans les faits, son maigre salaire de couturière la prive d’une vie bourgeoise, en plus de ne pouvoir envisager une éducation supérieure pour son fils Paul le moment venu. Autre facteur contribuant à un avenir financier plutôt sombre, la retraite prochaine de son père désargenté, dont elle partage le gîte. Ses proches, paraît-il, lui chuchotent à l’oreille les propositions de mariage qu’elle a refusées à ce jour parce que les prétendants avaient des enfants et qu’Ephrem, lui, n’en a point.

De son côté, à 43 ans, Ephrem juge qu’il n’a pas de temps à perdre. Décelant un intérêt certain d’Alvinia à son égard, il s’aventure à demander sa main à son père, comme c’est alors l’usage. Avant d’accepter de lui confier sa fille, Désiré réclame des références de la part du curé de la paroisse Saint-Frédéric. Par télégramme, l’abbé Tétreau rassure le patriarche et sa fille sur la probité d’Ephrem et ses succès en affaires. Le marché est donc conclu et les amoureux convolent en justes noces, le 16 août 1910.

Deux filles, Laure et Pauline, naîtront de leur union. Lors de la première naissance, Alvinia est âgée de 38 ans et Ephrem, de 47 ans. Ils vivront jusqu’à un âge avancé pour l’époque, cumulant ainsi 45 années de mariage. Alvinia Houle et Ephrem Archambault reposent côte à côte dans le cimetière de la rue Marchand, à Drummondville.

Yolande Allard

Visuel : Portrait d’Ephrem Archambault.

Source : Société d’histoire de Drummond, Fonds Yolande Allard ; P17

Texte babillard : Cette chronique historique est tirée du livre de l’autrice Yolande Allard « Alvinia Houle et Ephrem Archambault – Nos grands-parents imparfaits et beaux », publié en 2019.