La Société d'Histoire de Drummond
défraie la chronique

Jean-Baptiste-Éric Dorion, un adversaire féroce de la Confédération

Publiée le 23 February 2017 par Martin Bergevin
Jean-Baptiste-Éric Dorion. (Société d’histoire de Drummond, Collection régionale)

La célébration du 150e anniversaire du Canada (1867-2017) semble être une occasion parfaite de se remémorer que le chemin menant à la Confédération ne s’est pas fait sans embûches. En effet, au Canada-Est (Québec), à partir du milieu du XIXe siècle, s’opposent deux grandes idéologies sociopolitiques incarnées par le Parti bleu de LaFontaine et Cartier, en faveur du projet, et le Parti rouge de Papineau et des frères Dorion qui militera contre. Les deux camps ne tardent pas d’ailleurs à se doter de feuilles d’opinion afin de répandre et de défendre leurs idées. 

Journaliste, pamphlétaire et homme politique associé aux «Rouges», Jean-Baptiste-Éric Dorion, le frère cadet d’Antoine-Aimé, est l’un des adversaires les plus féroces de la Confédération. Fondateur du journal Le Défricheur (1862-1867), publié à L’Avenir et distribué à Drummondville, il prône dans ses écrits le rejet de l’Acte d’Union, l’annexion du Canada aux États-Unis, l’abolition de la tenure seigneuriale et de la dîme, la séparation de l’Église et de l’État, l’éducation non-confessionnelle et la colonisation des Cantons-de-l’Est par les Canadiens-français. 

Surnommé l’«enfant terrible» par ses adversaires en raison de sa petite taille, de sa voix nasillarde et de son caractère bouillant, Dorion est élu député de Drummond et Arthabaska à trois reprises, soit en 1854, en 1861 et en 1863. À l’Assemblée législative du Canada-Uni, il n’hésite pas à réclamer une consultation populaire et à débattre longuement des désavantages de la grande union des colonies canadiennes : «Je m’oppose à la Confédération parce que j’y entrevois des difficultés sans nombre au sujet des pouvoirs conjoints accordés aux gouvernements locaux et général sur plusieurs questions […] ces conflits tourneront toujours au profit du gouvernement général et au détriment des prétentions quelques fois bien légitimes des provinces…». 

À Drummondville, à l’été 1866, quelques mois avant sa mort, l’enfant terrible se prononce à nouveau lors d’un discours enflammé et teinté de sa verve habituelle: «Avant l’Union, nous avions un Anglais devant nous; avec l’Union, nous en avons un en avant et un en arrière; avec la Confédération, nous en aurons un en avant, un en arrière, un de chaque côté, et peut-être même un sur la tête…», soulevant ainsi la fibre nationaliste de ses partisans et l’ire de ses adversaires politiques.  

Mais le Parti bleu, appuyé par l’Église catholique et les libéraux conservateurs de Macdonald, est le parti politique le plus puissant du Canada-Est et les objections du Parti rouge n’empêchent pas la mise en œuvre de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. La Confédération entre officiellement en vigueur le 1er juillet 1867 sans que le peuple ne se soit prononcé. Jean-Baptiste-Éric Dorion ne sera pas témoin de l’événement, lui qui décède subitement le 1er novembre 1866. 

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